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Le maire « popiste » du Locle entre au Parlement suisse

entretien

Mardi 20 octobre 2015 / Daniel Bordür

Les élections législatives suisses ont été marquées par une poussée de l'UDC (droite nationaliste) qui conforte sa première place et met à rude épreuve la culture politique du compromis. Elu du Parti ouvrier et populaire, Denis de la Reussille est l'un des deux représentants de La Gauche, coalition de petites formations à gauche du PS, au Conseil national. Il replace son engagement dans le complexe système politique helvète. En contre-point, le point de vue du député UDC de La Brévine, Raymond Clottu.

Denis de la Reussille : « Le PLR, le PDC et le PS ont toujours été très attentifs au caractère plurilinguiste du pays. Ils ont toujours fait attention à avoir des élus de la Suisse latine, francophone ou italienne, ce que l'UDC n'a jamais fait. Elle s'intéresse peu aux minorités, n'a jamais eu de conseiller fédéral latin... » Photos DB
Denis de la Reussille : « Le PLR, le PDC et le PS ont toujours été très attentifs au caractère plurilinguiste du pays. Ils ont toujours fait attention à avoir des élus de la Suisse latine, francophone ou italienne, ce que l'UDC n'a jamais fait. Elle s'intéresse peu aux minorités, n'a jamais eu de conseiller fédéral latin... » Photos DB

Ayant mobilisé moins d'un électeur sur deux (48,4% de participation), les élections législatives suisses du week-end ont été marquées par une forte poussée de la droite nationaliste, libérale et souverainiste. L'UDC obtient en effet 65 des 200 sièges du Conseil national et 741.000 voix, soit 29,4% des près de 2,6 millions de suffrages exprimés. En progression de plus de 92.000 voix et de 2,8%, l'UDC gagne onze sièges de députés.

Deux autres formations gagnent également des sièges : le Parti libéral-radical, qui passe de 15,1% à 16,4% et aura 33 députés, soit trois de plus ; et La Gauche, coalition à la gauche du PS formée en 2009 sur le modèle de Die Linke en Allemagne, qui fait son retour au Parlement après une législature de disette, avec deux élus dont le maire « popiste » du Locle, Denis de la Reussille. Le POP, Parti ouvrier et populaire, est affilié au Parti suisse du travail, fondé en 1944 après l'interdiction du parti communiste dans les cantons de Neuchâtel et Genève en 1937, dans toute la Suisse en 1940.

Le PS, deuxième parti de Suisse

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Tous les autres partis perdent des sièges. Deuxième parti du pays, le PS gagne près de 18.000 voix, mais reste stable en pourcentage (18,8%) et passe de 46 à 43 sièges. Les Verts perdent 18.000 voix, passent de 8,4% à 7,1%, et de quinze à onze sièges. Maigre consolation, le maire de Lausanne, Daniel Brélaz, qui avait été le premier député écolo du monde en 1979, fait son retour au Conseil national. Ancien prof de math et fin connaisseur de la politique suisse, il évaluait à 1% le gain électoral que sa présence sur la liste apportait à son parti...

Chutant de 5,4% à 4,6%, les Verts libéraux passent de douze à sept députés. Ultra-majoritaire en Appenzel avec 76%, frôlant les 40% en Valais, le catholique Parti chrétien-démocrate reste la quatrième formation suisse avec 28 sièges mais il en perd un en passant de 12,3% à 11,6%. Le Parti bourgeois-démocrate, issu d'une scission de l'UDC en 2008, perd le quart de ses voix de 2011 et deux des neuf sièges du mandat précédent. 

Le Parlement suisse est également composé d'une seconde assemblée, le Conseil des États, composé de deux représentants par canton et d'un par demi-canton, soit 46 conseillers d'Etat. Vingt-et-un ont été élus ce week-end, les 25 autres seront désignés lors du second tour qui aura lieu entre le 1er et le 22 novembre selon les cantons. Les deux chambres seront réunies le 9 décembre pour élire les sept conseillers fédéraux, autrement dit le Gouvernement du pays.

Une ville horlogère de 11.000 habitants
où travaillent de nombreux frontaliers

Raymond Clottu (UDC) : «  Ceux qui viennent de Morteau ont la même mentalité que nous »

Expert-comptable à La Brévine, Raymond Clottu est l'iun des quatre conseillers nationaux du canton de Neuchâtel. Il vient d'être réélu.
Votre parti a gagné les élections législatives, mais il reste surtout davantage implanté en Suisse alémanique... Comment aussi envisagez-vous l'enjeu du 9 décembre quand seront désignés les conseillers fédéraux ?
L'UDC est aussi bien implantée en valais, dans le Canton de Vaud. C'est plus dur dans le canton de Neuchâtel, mais nous sommes un jeune parti de 14 ans... Pour le 9 décembre, on va devoir travailler en collaboration avec nos collègues de droite, du PLR, dans un sens constructif. L'UDC devrait avoir un deuxième conseiller fédéral. Que les autres partis cherchent nous imposer cette deuxième personne, j'ai du mal avec ça. Onze sièges de plus, l'acceptation par le peuple de notre initiative de 2014, ce sont des signes clairs...
Vous pensez que la formule magique peut continuer ?
Oui, il faut que chacun y mette du sien.
On entend dire que la radicalité des positions de l'UDC la met à mal...
Pour faire avancer les choses, il faut parfois être extrémiste, puis ensuite faire de la réal politique et ramener le curseur vers le centre. On a un problème avec la mondialisation, l'Europe aussi. Je ne suis pas anti-européen, mais je ne suis pas d'accord avec la façon dont elle est construite, technocratiquement. L'Union européenne est positive, je suis favorables aux bilatérales. Vous avez le même problème avec la libre circulation. Il faut qu'on exagère...
Peut-on aller vers un système majoritaire avec une alternance ?
Vous voulez dire qu'on serait dans l'opposition ?
...Ou dans la majorité !
Je ne crois pas. On va trouver un consensus. J'y suis favorable. Si la Suisse est dans cette situation économique et sécuritaire, c'est grâce à ça.
Que dîtes-vous aux frontaliers après la victoire de votre initiative de 2014 ?
La Suisse a besoin de l'étranger. Je ne suis pas contre l'étranger. Mais la conjoncture se resserre. L'horlogerie dit qu'elle exporte toujours autant, mais elle tient davantage compte des exportations que des ventes ! Il y a un ralentissement. On a perdu 1000 places de travail dans le canton de Neuchâtel et dans le même temps on a 1200 frontaliers de plus. On a 5,4% de chômage sur le canton de Neuchâtel alors que la moyenne suisse est à 3,2%. Ça créé un problème. D'autant qu'on n'a plus seulement des frontaliers venant de Besançon ou Morteau, mais de Bordeaux ou Marseille. Ça me pose problème. Si on manque de bras dans une branche, on va les chercher chez vous. Il n'y a pas de raison qu'on mette sur le carreau ces gens là. Le problème, ce sont les gens qui viennent de 600 km et n'ont pas la même mentalité. Ceux qui viennent de Morteau ont la même mentalité que nous. On ne veut pas fermer la frontière. Si la Suisse en est là, elle le doit aussi aux étrangers, aux Italiens, il faut être clair là-dessus.
Est-il injuste de vous comparer au FN ?
Je suis un libéral. Le système suisse fonctionne bien. L'Union européenne pourrait se remettre en question, partir sur le modèle suisse où les pays auraient plus de légitimité, comme les cantons chez nous. La Suisse est une mini Europe, avec des cultures différentes...
Au sein de l'UDC, beaucoup voudraient voir l'anglais enseigné avant les langues latines comme le français ou l'italien...
A mon avis, c'est une erreur. Je l'ai dit au comité central. Les Romands ne sont pas d'accord avec ça. A nous de nous battre contre l'aile zurichoise du parti. Mais cela fait partie de la politique, on a un dialogue...

L'unique popiste élu député est maire d'une ville horlogère de 11.000 habitants où travaillent de nombreux frontaliers, au centre de l'agglomération transfrontalière qui va de Morteau à La Chaux-de-Fonds en passant par Villers-le-Lac et Les Brenets. Il nous a reçu dans son bureau de l'hôtel de ville.

En 1991, Le Locle a connu un événement inimaginable en France : un référendum local pour savoir si les cinq conseillers communaux, l'exécutif communal, devaient exercer leur mandat à plein temps ou à tiers temps...  Les électeurs, que vous appelez « le souverain », ont voté le passage à tiers temps...

Le conseil communal a fonctionné à tiers temps de 1992 à 1996, mais c'était ingérable, et dès 1996, on est passé à mi-temps...

Expliquez-nous ce système de collégialité de l'exécutif communal, responsable devant le législatif communal...

Ma mère est française, de la région de Clermont-Ferrand, et les membres de ma famille ont de la peine à considérer ce fonctionnement. Nous sommes cinq à l'exécutif : deux du POP, qui est à la gauche du PS, un vert et deux du Parti libéral-radical, qui sont de droite modérée et seraient chez vous chez Les Républicains...

Comment cela fonctionne-t-il ?

C'est tout une culture politique, des dizaines d'années de fonctionnement, d'habitudes. On sait dès le départ que la politique générale sera plutôt marquée à gauche, mais la majorité politique doit exclure d'attenter à la minorité politique. C'est un bon système, car derrière, il y a l'initiative communale. Si un exécutif dysfonctionne et que les décisions vont contre la volonté de la minorité, cela peut entraîner un référendum contre la collectivité.

Comment est composé le conseil municipal, enfin le législatif communal ?

Il y a 41 membres : 17 POP, 5 Verts et 5 socialistes, soit 27 élus de gauche, 13 libéraux-radicaux et un démocrate-chrétien. Le PDC est peu implanté ici, il est plutôt dans le Valais, le Jura, et quelques cantons alémaniques où il est une grosse force.

« Il y a des différences fondamentales
entre l'UDC et le FN »

Il n'y a pas d'UDC au Locle ?

Ils n'ont pas d'élus, ils en ont eus. C'est un parti particulier. Ils ont beaucoup de difficultés en termes de militantisme, ont peu d'adhérents, peu de capacité à présenter une liste. Mais s'ils arrivaient à en former une, même si elle n'était pas très bonne en termes d'implication sociale, ils auraient des élus. leur socle électoral est d'environ 10 à 15%.

L'UDC est-elle l'analogue du FN français ?

Des comparaisons sont faites, mais je ne le pense pas. Ce n'est pas aussi simple que ça. Madame Le Pen a félicité l'UDC, mais il y a des différences fondamentales entre l'UDC et le FN. Ce qui les rapproche, c'est l'émigration, les questions d'identité. Au niveau économique, les propositions du FN feraient hurler l'UDC qui reste très libérale, peu interventionniste. Quoique le FN peut être opportuniste... Des cadres et des dirigeants du FN ont la nostalgie de la grandeur de la France, des colonies. C'est inexistant à l'UDC. Il y a aussi des différences entre l'UDC de Vaud ou Neuchâtel et l'UDC de Zurich qui donne le ton très libéral sur le plan économique. On fait souvent le reproche à l'UDC d'être un parti où les Suisses romands ont peu de place. Le PLR, le PDC et le PS ont toujours été très attentifs au caractère plurilinguiste du pays. Ils ont toujours fait attention à avoir des élus de la Suisse latine, francophone ou italienne, ce que l'UDC n'a jamais fait. Elle s'intéresse peu aux minorités, n'a jamais eu de conseiller fédéral latin...

L'UDC est plus forte en Valais qu'à Neuchâtel...

Les autres partis n'ont pas traité toutes les problématiques... L'UDC a des moyens financiers considérables. On n'a pas de limitation des dépenses de campagne. Par exemple, au POP, notre budget de campagne pour le canton était de 22.000 francs. L'UDC ou le PLR avaient plutôt 200.000 francs. Le POP est également sans structure fédérale, alors que le PLR ou l'UDC ont distribué des tracts nationaux dans toutes les boîtes aux lettres. L'UDC se présente comme nationaliste. Elle pourrait nous amener des problèmes similaires à ceux de la Belgique. En Suisse alémanique, des éditorialistes sous influence UDC traitent les Suisse latins de Grecs... Autre exemple : ils proposent que l'anglais passe avant le français dans l'apprentissage scolaire, alors que c'est une tradition d'apprendre à l'école une autre langue nationale...

Craignez-vous un risque de séparation des communautés linguistiques ?

On n'y est pas du tout, mais il faut faire attention.

« La Chaux-de-Fonds et Le Locle
ont toujours eu une majorité à gauche »

Comment expliquez-vous l'implantation du POP dans les montagnes neuchâteloises ?

Ça remonte à 1914. Depuis cette époque, La Chaux-de-Fonds et Le Locle ont toujours eu une majorité à gauche. Dans le canton, ses résultats sont liés à une présence historique, avec des élus aussi dans le Val de Travers...

Est-ce dû à la sociologie ouvrière ?

Oui, clairement. Fort heureusement, l'industrie est très implantée, et on veille à créer les conditions pour qu'elle reste. Nous n'avons pas vécu comme d'autres régions d'Europe de phénomène de désindustrialisation. Le secteur secondaire offre encore davantage d'emplois que le tertiaire, à La Chaux-de-Fonds comme au Locle. Quand on parle du secteur horloger ou des marques, c'est ici qu'est le siège de Tisssot, qui appartient au Swatch-Group, avec 350 emplois, et ils ont des usines ailleurs. C'est l'un des trois grands avec LVMH et Richemont. Swatch a aussi Nivarox-FAR qui a 500 emplois de sous-traitance dans les mouvements de montre, la Comadur qui fait des glaces tactiles de montre. Le secteur de la machine-outil est encore présent. On est aussi spécialisé dans la minutie, le secteur médico-social s'est développé avec la fabrication de prothèses, de vannes hydrocéphales... Pour la formation, les technicom sont très importantes. On s'appuie sur la même réalité côté franc-comtois où il y a également des formations de qualité. Ce bassin de recrutement fait le succès de l'horlogerie.

Comment considérez-vous la quasi absence de la gauche dans le Haut-Doubs, à deux pas de chez vous ?

On a beaucoup de relations, d'amis dans le sport, sur France. Voilà ce qui m'interpelle le plus par rapport au vote franc-comtois : s'ils se contentent d'un vote traditionnel pour la droite conservatrice, LR, j'arrive à comprendre. Mais quand je vois le vote FN, les problématiques d'immigration, d'asile, alors que des dizaines de milliers de travailleurs passent la frontière pour travailler en Suisse, et qu'une partie vote pour le FN qui pourrait fermer les frontières, il y a un paradoxe qui m"interroge.

Symbolisez-vous le retour de la gauche radicale ?

Quand on regarde, on est deux. Il y a une élue de Bâle-Ville, du mouvement Basta, apparentée Verts et PS. Le POP a eu jusqu'à 5 ou 7 élus, il n'en a plus eu...

« Dans le législatif cantonal à Neuchâtel,
on a un groupe POP-Verts-Solidaires,
les liens existent déjà... »

Qu'allez-vous apporter au Conseil national où vous serez deux sur 200 ?

On va intégrer un groupe politique. Elle va intégrer les Verts. Pour ma part, ce sera les Verts ou les socialistes, tout en restant en totale autonomie.

Ne seriez-vous pas relativement plus écouté chez les Verts ?

Le nombre d'élus de chaque groupe influe sur le nombre de places dans les commissions. Dans le législatif cantonal à Neuchâtel, on a un groupe POP-Verts-Solidaires, les liens existent déjà... Mais nous avons des divergences plus marquées avec les Verts nationaux sur les problématiques industrielles ou les mobilités. On ne peut par exemple pas faire l'économie du contournement routier de La Chaux-de-Fonds et du Locle. Il faudrait aussi que je garde ma totale indépendance de vote...

La Gauche a été créée en 2009 en Suisse. Quels liens avez-vous avec les gauches radicales européennes ?

Le mouvement La Gauche en Suisse n'arrive pas à fédérer, à concrétiser. On est dans une période où les forces à gauche du PS essaient de se rassembler. Ça ressemble à Die Linke en Allemagne, au Front de gauche en France. Mais chaque parti a son fonctionnement. Le POP de Neuchâtel a son fonctionnement. Solidaires est sur Genève et Vaud, un peu sur Neuchâtel, mais ils sont un peu d'émance trotskiste... On doit se regrouper, mais les différentes existent sur le papier. On ne fédère pas un mouvement sans une vision commune.

« Christoph Blocher faisait part en public de son opposition interne.
C'est inacceptable dans la tradition suisse. »

Comment voyez-vous les différences parlementaires entre la France et la Suisse ?

Je vais découvrir le Parlement suisse. La grande différence avec la France, c'est que les deux chambres se réunissent le 9 décembre pour élire les sept conseillers fédéraux. Il y a un immense travail fait dans les partis pour composer le Conseil fédéral. Aujourd'hui, il y a 2 PS, 2 PLR, 1 PDC, 1 UDC et 1 PBD qui était apparu il y a quelques années d'une scission de l'UDC. L'enjeu du 9 décembre est pour l'UDC d'avoir un second siège. Leur force politique les y autorise, mais cela se ferait contre le PBD.

Les grands partis proposent-ils un compromis au Parlement ?

Ils vont entrer en discussion pour un compromis... Depuis quelques années, la radicalité de l'UDC fait que leur second siège qui devrait être automatique, ne l'est plus. Cela tient au fait que Christoph Blocher faisait part en public de son opposition interne. C'est inacceptable dans la tradition suisse. Cela a amené à son éviction... et son remplacement par le PBD. Il y a la réalité politique du fonctionnement de l'exécutif fédéral, et la capacité à avoir un candidat au Conseil fédéral qui soutien le Conseil fédéral... Il est arrivé qu'un conseiller fédéral socialiste défende la position du Conseil fédéral plutôt que celle du PS... Il pourrait ne pas y avoir de consensus sur la composition du Conseil fédéral.

La Suisse pourrait-elle découvrir le fait majoritaire plutôt que le consensus ?

Le PS, les Verts et le PDC avaient créé les conditions, avec les Verts libéraux et quelques radicaux, pour que Christoph Blocher ne soit pas réélu...

Quel point principal défendrez-vous ?

La Suisse reste conservatrice, très libérale sur la plan économique... Mais les acquis sociaux ne sont pas tombés du ciel.

C'est le fameux compromis de 1937...

Après de grandes grèves, il y a eu la Paix du Travail. Il ya avait eu des grèves très dures en 1918 à La Chaux-de-Fonds où l'armée était intervenue. Dans les années 1920, l'armée avait tiré sur des grévistes à Genève, faisant des morts. Depuis 1937, les relations entre monde ouvrier, syndical et patronal, sont basées sur la négociation. Les syndicats sont très importants, ils forment plus de syndiqués... Des collègues parlent de la France, de la CGT et de FO, mais ma vision du patronat français est une vision du 18e siècle plutôt qu'une vision moderne. Si on cherche un consensus, il se construit à deux. Or, on a rarement vu le MEDEF dans autre chose que de la provocation, il va vers une politique de confrontation que les médias réduisent à une volonté conservatrice des syndicats ouvriers ! Si on cherche une responsabilité, elle est largement partagée. Je suis tombé du dos en entendant ce dirigeant d'Air France évoquer le travail des enfants. A l'entendre, j'ai vraiment l'impression d'être au 18e siècle !

Quel est votre métier ? Comment vous êtes-vous engagé ?

Je suis employé de commerce, comptable. J'ai travaillé quinze ans dans une PME, et depuis quinze ans, je ne fais que mon mandat au Locle. J'ai commencé à militer à 18 ans au POP. J'avais été sensibilisé dans les années 74-75 par un mouvement contre l'expulsion d'étrangers italiens et portugais. Il y avait eu une initiative en ce sens, mais elle a toujours été refusée par le peuple...