Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

Martin Eden, un autodidacte aux prises avec l’histoire

cinéma

Mercredi 16 octobre 2019 / Michèle Tatu

Transposé en Italie « Martin Eden », célèbre livre de Jack London, met en scène le héros et sa frénésie d’apprendre dans l’Italie tumultueuse du XXème siècle…

Mots-clés: cinéma

A la vision de ces films, on s’étonne que Pietro Marcello soit classé hâtivement comme réalisateur de documentaire ; en effet dans chaque film le cinéaste transfigure le réel avec de très poétiques moments de fiction. Présentés en salles, ces dernières années, ces films attestent la vitalité du cinéma italien contemporain aux côtés de ceux de la réalisatrice Alice Rohrwacher et des cinéastes Stefano Savona, Roberto Minervini…  

A la clôture du Festival d’Annecy, Pietro Marcello a obtenu le Prix Sergio Leone pour l’ensemble de son œuvre. Il a présenté « Martin Eden » comme une  « libre adaptation du roman de Jack London transposée à Naples ». A la lecture de la filmographie récente du réalisateur, on peut s’interroger sur ce qui pousse un cinéaste des plus créatifs du cinéma italien de son époque à se confronter à l’adaptation du monument romanesque de Jack London.

Depuis l’âge de onze ans, Martin Eden (Luca Marinelli, Prix d’interprétation masculine à Venise en 2019) est un jeune marin, pauvre et sans attaches. Il mène une vie de voyages jusqu’au jour où il rencontre Elena, fille de bonne famille. Il décide de s’élever à son niveau : « Je veux manger comme vous, parler comme vous, penser comme vous » dit-il. Elena l’initie à des lectures. Il s’acharne à lire et à écrire et, pour la conquérir, il voudrait devenir écrivain et le sera. Individualiste dans une époque traversée par les grands courants politiques XX ème siècle, rongé par l’idée de trahir sa classe, Martin Eden finira par se suicider.

Martin Eden,  éloge d’un autodidacte

Adapter le célèbre roman de Jack London, est peut-être pour Pietro Marcello, à l’instar de toutes les adaptations littéraires, l’occasion de prendre des risques cinématographiques pour redonner à cette histoire un sens universel.

Il y a dans ce film, comme dans les précédents de l’auteur un véritable sens de l’expérimentation cinématographique : Pietro Marcello utilise des images d’archives de différentes époques et origines (du super 8 amateur aux archives historiques de l’histoire italienne).

Les très belles images d’archives sur les habitants de Naples, la vie portuaire nourrissent cette grande fresque vécue par un homme tiraillé entre le désir de s’affranchir et les conflits de classes, entre son engagement et le désenchantement. Tout cela irradie le parcours et les souvenirs de Martin Eden et donne au spectateur la possibilité de faire à son tour sa propre lecture de l’œuvre.

Enfin, à mon sens, il s’agit aussi et surtout de souligner à quel point le film fait l’éloge de Martin Eden autodidacte. Ce qui intéresse le cinéaste semble-il, c’est de faire le portrait d’un homme qui se bat pour accéder à la culture comme instrument d’émancipation.

C’est à ce niveau-là du film que le livre de Jack London rejoint la propre histoire du cinéaste. Pietro Marcello ne s’est pas formé dans sa famille et encore moins dans une école de cinéma ; en fréquentant la maison de quartier, il apprend à regarder le monde et à prendre la caméra pour en parler. Depuis il ne cesse de concevoir cet art dans les eaux composites de la fiction et du documentaire, au nom d’une nouvelle idée de cinéma à la fois poétique et profondément politique.