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Maxime Renahy : « mon parcours, c’est aussi ce côté anar’ propre à Besançon »

compte-rendu

Jeudi 24 octobre 2019 / Toufik-de-Planoise

Invité par « l’espace politique d’innovation » (EPI) - un think tank local fondé en 2001, l’ancien espion de la DGSE venait raconter son expérience et présenter son livre « Là où est l’argent. » L’ouvrage caracole à 10 000 exemplaires vendus en six mois, une prouesse pour le sujet « éco » et la confidentialité de l’auteur. Au foyer de la Cassotte, c’est l’effervescence des grands jours ; plus de 80 personnes ont fait le déplacement, parfois de Haute-Saône et du Jura, pour assister à cette conférence.

Mots-clés: Renahy
Maxime Renahy s'invite le 21 septembre au salon du livre dans la boucle auquel il n'avait pas été convié. Photo : JC

Invité par « l’espace politique d’innovation » (EPI) - un think tank local fondé en 2001, l’ancien espion de la DGSE venait raconter son expérience et présenter son livre « Là où est l’argent. » L’ouvrage caracole à 10 000 exemplaires vendus en six mois, une prouesse pour le sujet « éco » et la confidentialité de l’auteur. Au foyer de la Cassotte, c’est l’effervescence des grands jours ; plus de 80 personnes ont fait le déplacement, parfois de Haute-Saône et du Jura, pour assister à cette conférence. Des vieux militants de gauche, des gilets jaunes, et des écolos plus jeunes.

Maxime Renahy n’avait préparé aucun texte ou discours, il se lance donc dans un exercice oral incertain. Avec une légère fébrilité qui se ressent malgré l’habitude et la notoriété qui le gagne, il se présente ainsi sobrement engoncé dans un style british : 41 ans, originaire de Besançon, aucun cursus particulier. Voilà pour le C.V. Il expliquera toutefois l’importance du collectif, « personne ne se réalisant tout seul » et citant des « valeurs familiales fortes » ainsi que le contexte local : « Besançon reste une ville à part, celle des utopies et des contestations. »

Du gestionnaire de fonds au lanceur d’alerte

Qu’est-ce qui amène à susciter tant d’intérêt pour le jeune homme ? Son parcours hors-norme bien sur. En 2007 il débarque sur l’île anglo-normande de Jersey, admis comme gestionnaire du fond de la firme « Mourant Ozannes. » L’entité brasse et administre des centaines de milliers d’euros pour le compte de grandes fortunes, dont des noms français du CAC 40. Plusieurs entreprises et familles liées à des affaires passent sous sa houlette, comme Samsonite.

Il comprend que son rôle est d’organiser des opérations frauduleuses ou délétères, avec l’évasion fiscale en leitmotiv. D’autres manœuvres, comme pour le site Samsonite d’Hénin-Beaumont, le révoltent ; il évoque ainsi l’empire Mitt Romney, candidat à la présidentielle américaine de 2012, ayant participé au rachat puis à la revente du groupe empochant 20 fois la culbute. Les ultimes repreneurs s’accaparent l’image de marque, tout en délocalisant pour produire en Asie.

 Sur place, c’est la désolation. À travers un réseau de sociétés écrans, une banqueroute frauduleuse de l’usine est ordonnée via un homme de paille. Et ce sont donc des centaines d’ouvriers qui se retrouvent sur le carreau. Sans plan social. Ce sont toutes ces dérives qui l’amène à contacter les renseignements, afin de dénoncer un « système. » Maxime enfonce le clou : « Dans le nord, certains partis ne seraient pas aussi hauts si le tissu social n’était pas démoli par des voyous. »

 « En France, si vous avez des salariés, il y a beaucoup de passe-droits »

Bien que critique, il garde un bon souvenir de la DGSE et loue le « travail remarquable » de certains fonctionnaires de Bercy. C’est davantage le côté politique qui le met en colère, n’hésitant pas à viser les élus qui se couchent devant les intérêts de grandes boîtes et le « pantouflage » – il préfère le terme de « corruption différée » -. Après être passé par le Luxembourg, il s’est détourné de ce monde depuis 2012 en proposant désormais ses services aux syndicats et salariés.

 Mais son passage insulaire n’a pas été sans de vives polémiques. Il a ainsi fait la une des journaux locaux, le Gouverneur se sentant obligé de publier un communiqué pour affirmer que « l’affaire n’entachera pas les relations avec la France. » Maxime tient toutefois à relativiser la situation nationale : « c’est vrai qu’ici, si vous avez des salariés, il y a beaucoup de passe-droits. Mais si j’avais été anglo-saxon, j’aurais sans doute terminé comme Julian Assange ou dans un fossé. »

Il a attaqué plusieurs entreprises afin de les contraindre à publier leur compte comme la loi l’exige, « première étape réussie avant d’aller plus loin dans l’exposition et la mise en pièce des rouages opaques. » En 2017, il entreprend la rédaction d’un bouquin afin de « toucher le grand public » et choisit la maison d’édition « les Arènes » « pour son indépendance. » Mais la tâche devient de plus en plus lourde pour lui et ses soutiens.

 Des projets plein la tête

« On a une quarantaine de dossiers actuellement, des éléments et avancées arrivent chaque jour. Prochainement, c’est le cas General Electric qui devrait aboutir. » Les médias « mainstream », « possédés par les grands groupes », se tiendraient à l’écart de cette ascension fulgurante, l’ancien espion remerciant d’ailleurs la « presse alternative » mais aussi le mouvement des Gilets jaunes « qui restera dans les esprits » pour son aide le 21 septembre lors d’un salon littéraire.

 Avec son frère Alexandre, il réalise le site « lanceuralerte.org » pour centraliser et étendre les sollicitations. Aussi, il est embauché par « le Média » chapeauté par Denis Robert afin d’animer des émissions régulières. Une adaptation de l’ouvrage en téléfilm pour Arte est évoqué. Des pistes parlementaires sont enfin ouvertes, deux députés ayant fait part de leur volonté d’accompagnement. À l’économie, il n’oublie jamais la vision environnementale et sociale, « inhérente à la finance. »

Pour Maxime, le combat doit se faire « par des recours légaux mais aussi avec la rue. » Autrement dit imposer juridiquement la transparence par les tribunaux, et l’avaliser politiquement par la force des masses. Un côté « anar’ bisontin » qu’il assume pleinement. Lui, qui s’illustre comme un « plombier » qui doit chercher et démonter les conduits et les flux, poursuit cet engagement. Mais n’oublie pas ses proches, ni son lopin de terre vosgien qu’il affectionne particulièrement.