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Nicolas Bodin : « On ne peut pas construire un contre-pouvoir dans une majorité »

tribune

Dimanche 2 septembre 2018 / Invités

Adjoint à l'urbanisme du maire de Besançon, près de dix ans premier fédéral du PS du Doubs dont il est toujours adhérent, Nicolas Bodin se projette aussi vers 2020 : « les fondamentaux en politique » sont constitués selon lui d' « alliances se nouant autour de propositions concrètes, de programmes, de contrats de gouvernement ».

Nicolas Bodin lors d'une conférence de presse en 2015 (Archives DB)

S'il n'en reste qu'un au parti socialiste, ce sera peut-être lui ! Il fut secrétaire de la section de Besançon, premier fédéral, et jamais n'a un mot plus haut que l'autre. Lors de la campagne des primaires, puis la présidentielle, il a soigneusement défendu les choix du parti.

Il nous a adressé cette tribune dans laquelle il présente son analyse de la situation politique bisontine alors que les positions commencent à se dessiner dans la perspective des élections municipales de 2020. Evoquant une éventuelle union de la gauche dont il semble exclure les macronistes, il n'évoque la France insoumise que comme repoussoir, au même titre que le RN (ex FN), ce qui fait un point commun avec LREM dont, par ailleurs, il se démarque en affirmant que « les socialistes macron-compatibles n’existent pas ».

(Le titre et les intertitres sont de la rédaction)

La tribune de Nicolas Bodin

La démission de Nicolas Hulot est à peine actée que déjà la routine reprend alors qu'il avait fait le pari que sa démission pourrait en soi être un électrochoc.

Concernant la polémique autour de l’arrêté ″anti-mendicité″, rappelons qu’il est né de l’exaspération compréhensible des Bisontin.e.s vis à vis des "incivilités" diverses et variées. Il était utile de compléter les nombreux dispositifs préventifs et d’accompagnement existants. Ce que je regrette profondément, c’est que cet arrêté dont les intentions étaient claires et partagées par tous a été mal rédigé. Mal nommer les choses c'est ajouter à la misère du monde disait Albert Camus.

La création avant-hier d'un « inter-groupe » PC/EELV avec deux membres du PS nous a été annoncée via les réseaux sociaux. La présence de ces deux membres est contraire à la discipline de groupe imposée par nos statuts et cela devrait interroger nos responsables…

On ne peut pas construire un contre-pouvoir dans une majorité ou bien il faut rapidement s'en extraire par souci de cohérence. Annoncer la mise en œuvre d’une sorte de ‘contre-pouvoir’ à l’intérieur d’un Majorité de 42 élu-es dans laquelle les partisans du Chef de l’État ne représentent que 13 personnes a-t-il un sens ?

Qu'est-ce qu'être élu dans une majorité ? On répond traditionnellement que c'est voter le budget municipal dont l'élaboration prend invariablement en compte les politiques gouvernementales qu'elles soient de gauche ou de droite. Le programme municipal bisontin à t-il évolué ? Non… les 404 propositions de ce programme de 2014 constituent le lien indéfectible, pour l'heure inchangé de la Majorité. Il est réalisé à plus de 65 %, il nous reste donc encore du travail !

La conversion de Fousseret a « mis la majorité en difficulté »

Le Maire a fait le choix du « macronisme ». Par opportunisme ? Je ne le crois pas. Par conviction d’un dépassement du clivage gauche/droite ? Plus vraisemblablement. Mais, il n’a traduit et assumé complètement ce choix, très discutable, au sein de la Municipalité, qu’après plusieurs mois de présidence d’Emmanuel Macron. Cette conversion a mis la majorité en difficulté.

Le clivage gauche/droite a t'il été dépassé ? Non ! Ce clivage s'est sûrement déplacé car la société française dans une France mondialisée et multipolaire a elle-même sacrément évolué. Mais, dans les faits, ce macronisme n'est-il pas un « remake » de l’UDF, parti libéral, européen, de centre-DROIT qui a certes puissamment innervé la vie politique française à l’échelon local, mais jamais à Besançon ! Le « macronisme » s'épuisera sûrement de lui-même dans quelques mois ou quelques années, d’autant plus que son ciment reste avant tout la soumission à un Chef. Le plus dramatique dans cette construction politique est d'avoir eu pour objectif le pari fou de tuer toute opposition gouvernementale, laissant pour seule alternative – en tout cas dans les médias – le Rassemblement National ou la France Insoumise.

Pour « un débat de fond respectueux »

Les Municipales de 2020 verront sans doute une recomposition du paysage politique au niveau local. Les républicains (LR) seront tentés par un positionnement très droitier alors que le Rassemblement National aura sans doute du mal à constituer une liste municipale. LREM se trouvera coincée dans ses alliances avec les partis de centre droit, tels que le MoDem ou le Centre et sera de fait rejetée par la gauche. Le PS pour sa part réfléchira - sans nul doute - à des alliances avec Generation.s, EELV, le PCF. Mais faut-il rappeler les fondamentaux en politique ? Les alliances se nouent autour de propositions concrètes, de programmes, de contrats de gouvernement. C’est uniquement par un débat de fond respectueux qu’émergera la richesse de nos apports respectifs.

Non, les socialistes « macron-compatibles » n’existent pas. Il n'y a que des socialistes qui se sont engagés auprès d'un Maire, qui était socialiste en 2014, et sont désormais dans l'opposition gouvernementale depuis l'élection de E. Macron. Pour autant, nous respectons le contrat municipal, tel qu’il a été présenté aux bisontin.e.s en 2014, même si l'impact négatif des décisions gouvernementales (contrats aidés, contractualisation, baisse des APL et des ressources de certains organismes publics, etc) est notable au quotidien. Nous n’hésitons pas à le dénoncer notamment en Conseil municipal.

Besançon est dans une situation certainement unique en France depuis l'élection d’Emmanuel Macron. Les élu-es municipaux de la majorité doivent confirmer leur souhait de continuer à appartenir ou non à une majorité tournée vers la poursuite des actions prévues dans notre programme commun.

« Ne nous trompons pas de champ de bataille »

La « bataille » des municipales aura bien lieu, je crois que personne n’est inquiet à ce sujet ! Ne nous trompons pas de champ de bataille en paralysant l’action publique au service des bisontin.e.s qui doit demeurer la priorité des élu.es et des services municipaux au quotidien.

Pour conclure sur l'avenir, il se construira obligatoirement AVEC les bisontin.e.s. et pas seulement dans les partis politiques. J’y prends et y prendrai toute ma place car l’avenir de cette ville et de son agglomération s’écrit dès aujourd’hui.