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« Nos défaites » et le fol espoir d’une victoire

cinéma

Mercredi 16 octobre 2019 / Patrick Tardit

Jean-Gabriel Périot a tourné avec des lycéens d’Ivry-sur-Seine un documentaire sur la jeunesse et l’engagement politique : continuons le combat ! Le réalisateur a fait rejouer des séquences de films politiques des années 60-70, dont la fameuse scène d’une jeune ouvrière écoeurée dans « La reprise du travail aux usines Wonder ».

Mots-clés: cinéma

« Avons-nous déjà perdu la guerre ou seulement de nombreuses batailles ? ». C’est avec cette interrogation que s’ouvre le film de Jean-Gabriel Périot, « Nos défaites » (en salles depuis le 9 octobre). Un titre qui peut sembler contradictoire puisqu’il est question dans ce documentaire de luttes politiques et syndicales, d’engagement, et qui pourrait laisser sous-entendre qu’il y a sur ce terrain plus de défaites que de victoires.

Jean-Gabriel Périot, qui a « le désir d’un cinéma politique », avait tourné un passionnant long-métrage, « Une jeunesse allemande », un montage d’archives sur la Fraction armée rouge. Cette fois, le réalisateur s’intéresse à la jeunesse française d’aujourd’hui, et a collaboré avec des élèves de première, en option cinéma, d’un lycée d’Ivry-sur-Seine. Un projet pédagogique, un travail d’atelier, dans lequel il leur a fait rejouer des séquences de films. Pas n’importe quels films, des œuvres des années 60 et 70, dans la mouvance du cinéma post-68, un cinéma engagé, militant : « La reprise du travail aux usines Wonder » avec la fameuse scène d’une jeune ouvrière écœurée par la fin de la grève, « Avec le sang des autres » tourné par le groupe Medvedkine avec les ouvriers de Peugeot à Sochaux, « Camarades » de Marin Karmitz, « La Chinoise » de Godard, « A bientôt, j’espère » de Chris Marker et Mario Marret…

Une génération plus sage, moins révolutionnaire

C’était une époque où le cinéma faisait alors de l’activisme dans le monde du travail, où les étudiants de philo brandissaient le petit livre rouge, où étudiants et ouvriers se mélangeaient à Nanterre, où l’on était « gauchiste, comme tout le monde », où l’on espérait en des lendemains qui devaient chanter. Un demi-siècle plus tard, ce sont des lycéens plutôt désenchantés, des jeunes gens et filles parfois intimidés devant la caméra, que questionne Jean-Gabriel Périot sur la politique, les syndicats, la révolution, la grève… La politique ? « Des mensonges », répond l’une.

Cette génération paraît alors bien moins engagée, plus sage, moins révolutionnaire, moins « concernée ». Le film va s’achever sur cette note, défaitiste effectivement, mais se rajoute un épilogue. Le réalisateur fait rejouer aux lycéens une séquence bien contemporaine, la reconstitution d’une image révoltante, celle d’autres lycéens de Mantes-la-Jolie, à genoux, les mains derrière la tête, surveillés par des forces de l’ordre. En même temps, les jeunes d’Ivry sont pris à leur tour dans une lutte qui leur est propre : ils bloquent leur lycée depuis la garde à vue de cinq d’entre eux, qui ont osé tagguer « Macron démission » sur le panneau d’affichage de l’établissement. Ils font l’expérience de la politique, de l’engagement, avec la naïveté et la fougue de la jeunesse, toujours prompte à s’indigner face aux injustices, et à continuer le combat. On se dit alors que malgré toutes « Nos défaites », nombreuses, il subsiste le fol espoir d’une victoire.