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« On a la presse qu’on mérite »

entretien

Mercredi 23 mars 2011 / Daniel Bordür

Professeur des écoles chargé de la formation informatique des enseignants dans le Jura, Hervé Godard est aussi le responsable régional de la semaine de la presse à l’école dont s’occupe une quinzaine de personnes.

Quel usage pédagogique les enseignants font-ils de l’informatique ?

Ils utilisent par exemple un tableau blanc interactif. Ce tableau est visible de l’ensemble des élèves, mais l’enseignant se sert d’un stylo qui agit comme une souris d’ordinateur. C’est dans le plan écoles numériques rurales… Je travaille aussi sur le matériel informatique adapté pour enfants handicapés : logiciels en braille, synthèse vocale, etc.

Comment envisagez-vous votre travail sur la presse en milieu scolaire ?

Il s’agit de donner davantage d’ampleur à l’éducation aux médias… On a une documentation nationale pour les enseignants, un cédérom, un livret pédagogique avec des thèmes tels que découvrir le web documentaire ou écrire pour la radio.

S’intéresse-t-on à la presse hors de la semaine de la presse ?

C’est comme la journée de la femme. On ne s’y intéresse pas que sur une semaine, il faut éviter de ghetoïser cette semaine.

La presse et l’école se portent un intérêt mutuel, mais se méfient aussi l’un de l’autre.

Ce sont deux mondes très différents. Il y a un fort intérêt pour la presse et le rôle de l’information en démocratie, mais il y a aussi une méfiance vis-à-vis d’une connivence journalistique avec les pouvoirs.

Croyez-vous au rôle de la presse à l’école ?

Quand on regarde le débat actuel sur le nucléaire, on voit que certains organes ont démarré plus vite que d’autres. Cela montre que tous ne fonctionnent pas de la même façon. J’ai l’exemple de Midi Libre (quotidien de Montpellier) où on lit qu’Areva aura du mal à écouler son mox au Japon, en employant des adjectifs minimisant la dangerosité du mox… On a besoin de la presse, mais on a aussi la presse qu’on mérite. Si on se rue sur les torchons, on n’aura plus que des torchons.

La presse ados est pas mal dans la main des annonceurs.

On aide les ados à en prendre conscience. Le thème de cette année, c’est « qui fait l’info ». Cela amène à se poser des questions sur l’influence du modèle économique, la notion de ligne éditoriale, l’influence du journalisme…

Il reste que ce n’est pas le grand amour entre journalistes et enseignants, non ?

C’est vrai, mais quand on est sûr de son positionnement, on peut aller l’un vers l’autre et écouter ce qu’il a à dire. Se tourner le dos, c’est la meilleure façon de créer le fossé.

Combien d’établissements de la région participent à l’opération ?

360. En collège et lycée, c’est en général les documentalistes qui s’appuient sur un ou deux profs, souvent de lettres. En primaire, cela plus de l’initiative d’un enseignant. Quand il y a un journal scolaire, c’est souvent un travail d’équipe. Il y en a une cinquantaine de réguliers, avec une parution trimestrielle. L’intérêt, c’est d’avoir un public réel et non d’écrire seulement pour avoir une note. Et le contexte est différent : donner une information est motivant.

Qu’apporte la venue d’un journaliste dans une classe ?

Un coup de projecteur sur un métier, mais aussi une tierce personne apportant des informations. Mais c’est dur à organiser, avec la prise de contact et la nécessité d’affiner le projet. Reste que les enseignants sont modestes et craignent souvent le regard extérieur, c’est dommage car ils font souvent un travail extraordinaire.