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Outrage d'opérette

éditorial

Vendredi 4 décembre 2015 / Daniel Bordür

Une petite phrase et voilà la campagne électorale qui s'ébroue dans les médias. Le 30 novembre à Besançon, François Patriat dit dans un meeting socialiste que « voter extrême-droite, c'est voter Daech ». Tout le monde comprend évidemment « voter FN, c'est voter Daech », ce que le président de la région Bourgogne répète et assume. 

La candidate d'extrême-droite, Sophie Montel, crie immédiatement à l'abjection et au scandale, dénonce une insupportable insulte, demande des excuses. On en resterait là, à hocher la tête devant le spectacle du jeu à contre-emploi de la députée européenne du FN, s'il n'y avait eu cette consternante ouverture de débat télévisé entre six des dix têtes de listes, jeudi 3 décembre sur le plateau de France 3 : nos confrères du service public demandant à Marie-Guite Dufay si elle s'excusait.  

La présidente de la région de Franche-Comté a eu raison de ne pas répondre à cette injonction relayant complaisamment un outrage d'opérette. Marie-Guite Dufay a eu raison de rappeler l'argumentaire un peu plus fin développé par Patriat qui entendait fournir à ses partisans des billes pour convaincre autour d'eux : « Voter, c'est résister, répliquer, combattre. A quoi sert d'inciter les gens à se mépriser ? Résister, c'est ne rien changer à nos vies, ne pas céder à la paranoïa, ne pas avoir peur pour soi... Voter extrême-droite, c'est voter Daech. Car Daech souhaite la victoire du FN, comme d'ailleurs certains journalistes, et pas dans des petits médias... Sur le mode il faudrait une bonne guerre... » Factuel a déjà rapporté ces propos.

Que Sophie Montel joue la dignité outragée, on le comprend. Elle cherche à tirer un profit symbolique d'un prétendu dérapage en se faisant passer pour une gentille démocrate qui ne ferait pas de mal à une mouche. Certes, elle aime les chats qui chassent à l'occasion les mouches et sont néanmoins des bêtes aimables et subtiles. Mais elle déteste une partie de l'humanité, notamment celle qui subit les pires conditions d'existence. Ses interventions dans les différentes assemblées, du conseil municipal de Besançon au conseil régional de Franche-Comté, en attestent. Elle n'a que des mots et des attitudes de mépris pour la misère et les miséreux. Elle jette de l'essence sur l'incendie en criant au feu.

Résister au terrorisme, c'est résister à l'extrême-droite. Dimanche, votez au moins pour ça. Que ce soit par conviction ou en vous pinçant le nez.