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Parcours inédit pour l'acte 13 à Besançon

reportage

Lundi 11 février 2019 / Toufik-de-Planoise

Partis du centre-ville, 800 Gilets jaunes ont rejoint en cortège Palente et tenté de bloquer le centre commercial Carrefour de Chalezeule. Une figure du mouvement, militant syndical FO, a reçu une lettre du préfet lui annonçant le considérer comme un meneur. Ce dernier estime que c'est de l'intimidation et qu'il n'y a pas de chef...

Mots-clés: gilets jaunes

Samedi 9 février, 14 h. La place de la Révolution se remplit doucement, l’affluence se faisant de plus en plus tardivement malgré le temps clément. Les forces de l’ordre sont visibles dés 13 h 30 mais restent en nombre limité, aucun cordon filtrant n’étant installé pour la troisième fois consécutive. Outre les effectifs locaux de la police nationale, c’est à nouveau la gendarmerie mobile qui est affectée après deux semaines de gestion déléguée aux CRS.

15 h. Le gros des troupes répond désormais présent, avec environ 800 participants.

Une prise de parole est effectuée par plusieurs participants, établis sur la fontaine des Eaux d’Arcier, dont Frédéric Vuillaume, syndicaliste et figure notable, réagissant à l’actualité (lire ci-contre). Plusieurs autres orateurs insistent sur différents aspects, pour parler au nom des plus fragiles ou soutenir les nombreux blessés. Tous s’accordent sur le rejet de leader avec une horizontalité stricte et l’absence de structuration donnant une imprévisibilité tactique, principes fondateurs, outre de l’ADN du mouvement, de la raison de son succès et de sa pérennité.

Le parcours est largement modifié par rapport aux éditions précédentes, avec un périple très éloigné de l’habituel centre historique. Place Flore, aux Chaprais, les street-medics rejoignent le cortège sous les applaudissements, convergence décalée par soucis de préserver le matériel de premiers secours parfois confisqué. La destination finale demeurera une surprise jusqu’au bout, même si rue de Belfort la spéculation sur Chalezeule laissait place à la certitude. Soit quand même près de cinq kilomètres du point de départ jusqu’aux Marnières !

« Suppression des niches fiscales
et privilèges ! »

On retrouve, à l’instar des autres samedis, des salariés souvent modestes, des ouvriers et chômeurs plus affichés, des « petits » fonctionnaires, pas mal de retraités, les fameuses « blouses blanches » du milieu hospitalier, quelques étudiants et indépendants, et des militants de partis et organisations politiques. Les drapeaux régionaux et rouges sont nettement plus arborés, alors que les slogans « traditionnels » sont très repris, comme « Besac’ debout soulève toi ! », « police partout Justice nulle part », « comtois rends-toi nenni ma foi », ou « on n’est pas fatigué »...

Les pancartes restent aussi toujours percutantes : « où sont nos gardiens de la paix ? », « je me bat pour ma petite gauloise », « nous soutenir c’est bien nous rejoindre c’est mieux », « Castaner assassin », « trimer blanc – survivre dans le rouge – lutter jaune », ou encore « suppression des niches fiscales et privilèges ». Sans oublier les nombreuses inscriptions à même les gilets jaunes. Seule une large banderole suscite l’incompréhension et l’hostilité, à juste titre, dépeignant le Premier Ministre, le Président Macron, et un C.R.S., dans une scène fleurie.

Comme d’habitude l’événement n’a fait l’objet d’aucune déclaration en préfecture, et certains se félicitent que d’autres villes telles que Paris fassent maintenant de même. Un service d’ordre s’improvise pour régler les problèmes de circulation en amont, si bien que globalement aucun problème n’a été signalé à ce niveau là, même si le réseau routier et les transports en commun ont nécessairement été très impactés. La marche est certes longue et on sent un petit relâchement avec les montées sur la fin, toutefois l’ambiance est clairement à la bonne humeur.

Le temps des affrontements

16 h 30. Arrivé aux Orchamps, le cortège passe sous le pont de la D683 en étant accueilli par un énorme gilet jaune déployé pour l’occasion. Le rond-point du 17 novembre se trouve envahi par les centaines de participants, jusqu’à 1.000 avec les afflux ultérieurs. Tous convergent alors en direction du centre commercial Carrefour. Simple passage de courtoisie ? Blocage économique du site ? Opération caddie gratuit pour les « plus galériens » ? Les idées fusent, mais pas pour longtemps. Les forces de l’ordre, elles, sont tenues d’empêcher tout passage et font fébrilement barrage.

En première ligne se trouvent seulement une vingtaine de gendarmes locaux, visiblement pas préparés à la situation et désespérément seuls devant le flot qui arrive. Les renforts, en partie restés à Chamars, ont bien été dépêchés sur place, mais une erreur de trajet – survenue sous les yeux amusés des gilets jaunes - les ont amenés à un retard qui aurait pu leur coûter cher. Les deux camps se jaugent du regard et la tension monte, mais dès l’arrivée des fourgons, la situation dérape avec un gazage général, annoncé par des sommations sans sono recouvertes par les cris des manifestants, auquel répliqueront des projectiles abîmant plusieurs véhicules.

Plusieurs feux d’artifices terminent sur les uniformes, ce qui occasionnera pour six d’entre eux une hospitalisation à des fins d’observation. Les manifestants sont repoussés sur la D683 jusqu’alors épargnée par les perturbations, provoquant de larges embouteillages. Les automobilistes pris dans le feu de l’action sont pourtant loin d’être en colère, beaucoup affichant leur soutien par des gilets jaunes placés sur le tableau de bord et des coups de klaxons. Passants et clients des boutiques et restaurants adjacents sortent pour assister et filmer cette parenthèse extraordinaire.

Grenades lacrymogènes, LBD, mobilier urbain arraché...

Vision surréaliste sur cette rocade ultra fréquentée, un cordon de policiers se forme et évolue de manière très martiale. Devant, des barricades de fortune sont érigées et des dizaines de parpaings et pétards volent. Un cessez-le-feu provisoire est décrété, le risque de dommages collatéraux devenant élevé avec les véhicules en stand-by et l’emplacement d’une station-service. La foule est alors chargée jusqu’au rond-point des Orchamps où la situation se stabilise vers 17h45, après quelques ultimes lacrymogènes dont les nuages sont renvoyés aux expéditeurs par des vents contraires.

Les manifestants se rendent alors au centre-ville en faisant tranquillement le trajet inverse, et atteignent la Mairie vers 18 h 45. Après une halte pour se regrouper, faire le point, et appeler à une réunion le mercredi 13 février prochain, les plus téméraires poursuivent jusqu’à place Saint-Jacques. Les effectifs sur les dents ne prennent plus de gants, ayant immédiatement et largement recours aux grenades lacrymogènes MP7 et au LBD. 401. Du mobilier urbain est alors arraché, des flambeaux sont improvisés, et des barrières placées en protection, avenue du Huit mai 1945.

La centaine de gilets jaunes restant est renvoyée sur Canot, la menant à Battant par les quais. Le pont bloqué par la police nationale, la zone est aussi embrumée de lacrymos autour de la Madeleine. Il est 19 h 30 passées, les derniers manifestants se dispersent après plus de cinq heures de mobilisation. Un street-medic et un participant ont été touchés à la cuisse par des munitions de flash-ball sans gravité. On apprendra qu’une interpellation « préventive » a été réalisée sans en qu'on en connaisse les motifs et suites.

 

Prise de parole place de la Révolution.

 

Aux Chaprais

 

Près du pont de Chalezeule

 

Près du pont de Chalezeule.

 

Rond point de Chalezeule

 

 

Pont de Chalezeule

 

  • 1. lanceur de balles de défense