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Plus libertaire, tu meurs...

éditorial

Vendredi 21 septembre 2018 / Ilian Karst

Tout le monde l'a vu ou presque : on est en campagnes électorales. Au pluriel, même si la tentation est grande de relier européennes et municipales pour n'en faire qu'une. LREM a d'ailleurs conditionné son soutien aux candidats aux municipales à leur soutien aux européennes, avec le but avoué avec gourmandise d'achever la recomposition du paysage politique français. Exercice pratique dès ce week-end à Besançon en reliant les deux scrutins. LFI fait également d'une pierre deux coups, quasiment en même temps, avec un meeting des candidats aux européennes et un atelier d'écriture du programme municipal.

Sur la lancée de la présidentielle, les deux mouvements poursuivent la méthode participative qui leur a réussi jusque là. Ils ont été devancés dès les premiers jours de septembre par les frondeurs de la majorité municipale qui ont constitué un intergroupe PCF-EELV ayant capté deux élus PS... Point commun à toutes ces initiatives : le collectif. A contrario des réactions individuelles d'autres élus socialistes... et d'un député écolo en marche qui semble aussi la jouer perso, ne serait-ce pour paraître au dessus de la mêlée dont il compte rassembler quelques éléments, tablant sur son « équation personnelle ».

Mais combien d'inconnues a cette équation ? Sans doute des centaines car tout est affaire de réseaux, négociations, tractations, tactiques, stratégies... Et peut-être même des milliers puisque c'est en milliers que se comptent les électeurs. Elles et ils sont cependant plusieurs à avoir une « équation personnelle », mais c'est toujours délicat de trop la mettre en avant, il faut la jouer modeste, humble.

On pourrait aussi parler d'alchimie. Bien sûr, la question programmatique a bel et bien un rôle important. Certes, les projets, leur articulation, leur cohérence, comptent. Mais la façon de faire et d'être n'a rien de neutre. En amont de la campagne, par les liens tissés depuis parfois des années, par des rencontres visant à produire de la réflexion, de l'intelligence collective, des idées à concrétiser. Mais aussi pendant la campagne, et là, ce sera aussi affaire de désir, d'envie, de capacité physique car il faut tenir le rythme, de talent, de conviction, de prudence, d'audace...

Et à ce moment là, il n'y aura pas que le programme, mais aussi le jugement des citoyens quant à la capacité des impétrants à le mettre en œuvre. On appelle cela l'incarnation, et, qu'on le veuille ou non, cela renvoie à la confiance, à la crédibilité renvoyée par une personne même si on a tendance à mettre en avant l'esprit d'équipe. C'est là où la subjectivité peut jouer des tours à l'objectivité du jugement. Il y a toujours un zeste de manipulation dans les opérations de séduction, en marketing comme en politique. Au point qu'on parle même de marketing politique, c'est dire... s'il y a matière à se méfier.

De là le retour de l'idée des représentants tirés au sort. Ce système a l'avantage de tempérer les égos, de modérer les ambitions personnelles, de limiter l'ampleur des hiérarchies sociales, de conjurer la corruption, bref de viser l'égalité, non seulement en droit, mais aussi en dignité...

Reste qu'on est toujours dans un système qui fera de l'élu.e-maire - ou président.e d'agglo - un personnage au-dessus du collectif, du collégial, du délibératif. Avec des pouvoirs personnels exorbitants qui, s'ils donnent lieu à exagération ou abus, ne peuvent être retirés qu'à l'occasion d'une crise. C'est aussi cela l'un des enjeux des constructions collaboratives des programmes, mais au bout de cette logique, il y a la réforme institutionnelle : celle qui fera descendre le chef de son cheval. On n'y est pas encore.

Quoiqu'en Franche-Comté, on aime parfois rappeler ce dialogue mythique entre armée française et Dolois assiégés durant la Guerre de Trente ans :
- Comtois rends-toi !
- Nenni, ma foi !
- Où sont vos chefs ?
- Nous sommes tous chefs !

Plus libertaire, tu meurs...