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Pourquoi il faut s'inquiéter pour Alstom à Ornans, Belfort ou Le Creusot

revue du web

Jeudi 29 novembre 2018 / Daniel Bordür

Une passionnante émission de France Bleu Besançon, en public à Ornans, a fait débattre des parlementaires, un historien, un syndicaliste et deux journalistes. Etat des lieux d'un fiasco politique et économique lourd de menaces à court et moyen termes sur un fleuron industriel victime de l'absence de stratégie publique.

Une petite centaine de personnes ont assisté mercredi soir à Ornans à un très instructif débat consacré à l'avenir d'Alstom, à deux mois d'une décision très attendue de la Commission européenne sur la légalité de l'absorption du groupe français par le groupe allemand Siemens. La Commission pourrait tout à fait ne pas valider la cession de toutes les usines d'Alstom, et dans ce cas, des concurrents canadien ou asiatiques pourraient bien venir faire leur marché sans que le gouvernement ne bouge...

Deux parlementaires, le député Olivier Marleix (LR, président de la commission d'enquête parlementaire sur l'action de l'Etat actionnaire au sein d'Alstom en 2016) et le sénateur Martial Bourquin (PS, rapporteur de la mission commune d'information sur Alstom), l'historien Jean-Claude Daumas (UFC), l'ancien délégué central FO Philippe Pillot et le journaliste Philippe Pillot (Est républicain) ont tenu pendant une heure et demi des échanges d'un haut niveau dé réflexion économique, sociale et politique sous la houlette de David Malle, rédacteur en chef de France Bleu Besançon qui organisait l'événement, initié par le maire, Sylvain Ducret qui souligna d'entrée que le site ornanais d'Alstom est passé en quinze ans de 600 à 280 salariés.

Ensuite, de nombreux thèmes ont été abordés, de la délocalisation en Chine de fabrication de moteurs de trains à celle d'ingénierie en Inde. Mais aussi du rôle « flou » sinon néfaste de l'Etat qui a abandonné, tant en France qu'en Europe, toute politique industrielle, depuis 1983, estime Jean-Claude Daumas. A été évoqué le déséquilibre de l'accord Alstom-Siemens au profit des Allemands, la disparition du ministère de l'industrie sous la présidence Macron qui joua un rôle éminent dans le dossier, les organisations syndicales françaises contournées., la pyramide des âges inquiétante à Ornans, la craintes des doublons et le risque de voir les emplois quitter ce côté ci du Rhin...

Le CICE « argent de poche des grands groupes »

On n'oublie pas les inquiétudes à moyen terme pour Le Creusot et Ornans, le silence des représentants de l'Etat dans les conseils d'administration, le scandale d'un accord exclusivement capitalistique négligeant le volet industriel... Mais aussi le risque de délocalisation des productions en Inde ou en Afrique du Sud, la concurrence de Siemens envers le partenaire chinois d'Alstom, la fabrication par ce même partenaire chinois de plus de la moitié des trains du Grand Paris « avec l'argent des contribuables français ! » Le rôle de la commande publique, ou encore l'échec du CICE qui a constitué « l'argent de poche des grands groupes » qui ont pris le pouvoir...

Toutes ces thématiques ont été abordées avec clarté et précision, ce qui faisait regretter les quelques syndicalistes de l'usine d'Ornans présents de ne pas avoir vu davantage de camarades de bureau ou d'atelier. « Quand les organisations syndicales alertent, elles ne sont pas assez entendues. Pour beaucoup de salariés, Alstom est un grand groupe à qui il ne peut rien arriver, d'autant que la direction sait mettre en avant les nouveaux marchés », dit l'un. « On est vus comme des annonciateurs de catastrophes. Personne ne s'inquiète de l'avenir, on nous endort », dit un autre.

Quant à l'échéance de la décision de la Commission européenne, qui doit intervenir entre le 28 janvier et le 18 février, elle n'est « pas intégrée » dans l'esprit de très nombreux employés du site. D'autant plus facilement que les cadres, désormais plus nombreux que les ouvriers et techniciens, ne sont pas forcément attachés comme ces derniers à la vallée de la Loue...

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