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Des rassemblements pour la laïcité et les libertés...

Lundi 19 octobre 2020 / Daniel Bordür

A Lons-le-Saunier comme dans de nombreuses cités de France, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées en hommage à Samuel Paty.

L'hommage est simple et grave ce dimanche 18 octobre sur la place de la Liberté de Lons-le-Saunier. Un appel collectif a très vite tourné parmi les réseaux, porté par le principal syndical d'enseignants, la FSU, mais aussi la CGT, l'UNSA-Enseignants, la CNT, la FCPE et ATTAC... C'est une professeur de la FSU, Séverine Duparet, qui lit un bref texte relayé par la sono de la CGT.

« L'Education nationale frappée en plein coeur... Assassiné en exerçant son métier... A l'école on apprend des connaissances, mais aussi des outils pour se construire... Argumenter, réfléchir, raisonner : ce qui peut construire l'autonomie du jugement... » Les mots sonnent juste et l'émotion est partagée, la colère aussi. Peut-être également y a-t-il quelque chose de l'ordre du constat de l'impuissance de la promesse de l'école républicaine à penser la situation, à contenir un échec qui est bien loin d'être seulement le sien.

A ses côtés, Laure Flament, comme Samuel Paty, est enseignante d'EMC, enseignement moral et civique. Vous savez, ce qui a remplacé l'instruction civique qui avait remplacé la morale d'antan... La morale laïque et républicaine qui consistait notamment pour l'école de la IIIe République à démontrer qu'elle avait qu'il n'y avait pas que le christianisme à avoir une morale, y compris des plus rigoureuses...

Elle me dit : « On traite de la morale républicaine, des valeurs de la république, de la démocratie, comment elle s'est constituée, avec ses principes, la liberté... C'est normal que dans le cadre du programme, Samuel Paty ait défendu la notion de la liberté d'expression. La liberté pédagogique permet d'utiliser des caricatures et d'en donner une lecture distante aux élèves... »

L'EMC va-t-elle plus loin que les principes, l'organisation politique ? Evoque-t-elle la démocratie sociale en parlant du rôle des associations ou des syndicats ? Poser la question est presque y répondre non. Hélas. Mme Flament en convient : « le programme est plus centré sur le caractère politique, il y a peu de place pour l'histoire sociale. Mais il y a par exemple un travail sur la justice avec les prudhommes qui permet d'aborder l'entreprise... »

Sommes nous loin du sujet ? De l'hommage à un homme dont l'assassinat remue autant par le symbole de son métier que par l'extraordinaire enchainement de causes qui a conduit la parole d'une adolescente à entrer en résonance avec des remontrances de parents d'élèves à l'égard de l'institution et d'un prof, puis avec les conceptions bellicistes de religieux intégristes, le tout tombant dans le cerveau d'un jeune fanatique...

On a à la fois besoin d'urgence et de calme, d'action et de temps pour penser ce qui advient. De débats et non pas d'insultes entre démocrates, les uns refusant ici et là d'associer leur douleur au prétextes de divergences. Comme si celles-ci étaient plus hautes que ce qui sépare la démocratie de la barbarie.