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Une réforme peut en cacher une autre

éditorial

Mercredi 2 juillet 2014 / Daniel Bordür

Marie-Guite Dufay suit-elle les pas de François Hollande ? A moins que ce ne soient ceux de Manuel Valls ? Va-t-elle avec lui, avec eux, dans le mur où ils emportent la gauche ? Sera-t-elle celle qui aura facilité la dissolution institutionnelle de la Franche-Comté dans un espace incertain réunissant la grande banlieue parisienne aux marches frontalières du pays ? Elle ne manque pas d'arguments, mais ils sont destinés à convaincre d'autre chose : non de la nécessité de fusionner, mais de celle de clarifier les capacités et les champs d'intervention des collectivités territoriales.

Elle participe ainsi, avec d'autres, à la confusion des genres ! Vous voulez de la démocratie participative ? Voilà une quasi décision d'orientation, jamais discutée lors d'une campagne électorale, qu'il faudrait valider par des débats éclairés par des sages : la critique d'illégitimité portée par la droite et le chevènementiste de l'assemblée régionale est cruelle mais juste.

Vous voulez de la puissance économique et de la force pour jouer plus efficacement dans la compétition entre les territoires européens ?  Mais où a-t-on vu qu'il fallait peser démographiquement pour exister en Europe ? La critique repose sur du réel. Et pourquoi sacrifier encore et toujours à cette compétition qui pèse terriblement sur les services publics, comme le dit une élue du même parti que la présidente ? Qui pèse sur les paysans, comme on le voit avec le projet de porcherie allemande aux 10.000 cochons ! Qui pèse sur les ouvriers et les employés quand on regarde de près ce qu'est le lean management dans les usines ou les maisons de retraite ! 

Vous voulez de la cohérence et mettez en avant une réforme qui projette de faire passer les collèges des départements aux régions ? Pourquoi pas, au nom de la continuité des politiques publiques en matière de pédagogie ou de formation. Mais où sera la cohérence d'éloigner un peu plus du terrain une technostructure renforcée ?

En Bourgogne, certains parlent de « réunification » ! Le mot est tellement connoté guerre froide qu'il en devient, malgré sa charge humoristique, excessif tant les étudiants et les cadres, les viticulteurs et les férus d'art, les voyageurs passent la « frontière » sans s'en émouvoir. Il ne s'agit pas de cela. Il ne s'agit pas de ce pestilentiel appel à l'identité qui commence par des mauvaises blagues et finit en baston. Il s'agit de concevoir la bonne distance entre des bassins de vie, réunis par la géographie, l'histoire et l'économie, par la culture et ce qui fait société, et le niveau politique susceptible de prendre en compte la cohérence de leurs territoires, de permettre que s'y préparent et se construisent les vies quotidiennes qui s'y déroulent.

Si l'on veut que continue à se creuser le fossé entre gouverneurs devenus administrateurs et citoyens devenant consommateurs, si l'on veut que l'abstention devienne la règle, aux élections comme devant n'importe quel choix de la vie, à coup sûr il faut continuer à confondre réforme territoriale et projets de fusion. Pour cacher la première derrière la seconde. Pour cacher des enjeux qui méritent le grand jour.