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Le retour de la transhumance après deux ans d’absence.

reportage

Lundi 13 mai 2019 / Léo Ballery

Plus de 1200 personnes ont suivi, des Glacis au fort de Planoise, une quarantaine des quatre-vingt chèvres du troupeau que la ville de Besançon a racheté à Philippe Moustache pour le confier à Loïc Miche et Marie Bouquet. Après une pause d'un an, la tradition qui n'a qu'une dizaine d'années, reprend ses droits…

Marie Bouquet la bergère, dirigeant le troupeau.

Il est 9h30 au parc des Glacis, ce dimanche 5 mai. Sur les 80 chèvres du troupeau municipal, seules une quarantaine sont présentes. Dirigées par deux bergers assistés par des adhérents de l’Association des bergers du Jura franco-suisse, et du chien Jinka, les chèvres lancent le départ, descendent la rue Battant à vive allure. Suivre la cadence imposée par le troupeau n’est pas simple, à tel point que plusieurs courtes pauses seront proposées. Le parcours reprend rue d’Arènes, et longe le Doubs par le quai Henri-Bugnet. En face de La City, une chèvre sort du troupeau, elle est vite rattrapée par Jinka.

« Recréer des liens entre citadins et agriculteurs »

« L’objectif de la transhumance est de recréer des liens entre citadins et agriculteurs, de transmettre un intérêt, un esprit écologique. En outre, entretenir les espaces verts avec des chèvres permet de conserver l’écosystème et l’aspect naturel des forêts… Le lien entre la nature et l’homme est très important. Chacun peut jouer un rôle, par un jardin partagé, un refuge à insectes, en balisant un chemin », explique Johnny Magnenet, du service espaces verts de la ville, le long du chemin de Mazagran.

Depuis deux ans Philippe Moustache a pris sa retraite, la ville lui a racheté son troupeau. « Deux bergers sont mandatés par la ville, Loïc Miche et Marie Bouquet, pour s’occuper de la ferme des Torcols, ainsi que de la transhumance qui, pour la première fois cette année, se rendra sur la colline de Bregille », poursuit Johnny Magnenet.

11h, le troupeau est Chemin des Champs Nardin. Il s’engage dans un sentier qui monte la colline de Rosemont. Un sentier difficile, tant pour les chèvres que pour les personnes. Plusieurs animaux s’écartent du troupeau en direction de la forêt, dans l’intention de brouter, les bergers ont parfois du mal à les ramener.

« Faire découvrir l’éco-pastoralisme et l’activité de berger »

A l'arrivée au sommet de Rosemont, une pause d’un quart d’heure est observée. L’occasion de discuter avec Marie; la bergère. « La transhumance permet de faire découvrir l’éco-pastoralisme et l’activité de berger aux gens… Un parcours comme ça, avec autant de monde, permet de créer un lien social avec les personnes présentes ». Au cours des pauses le groupe Folk trad divertit la foule. « C’est une idée de la ville que l’on accompagne la transhumance en musique, cela apporte une bonne ambiance », déclare Phillipe Lamy l’accordéoniste du groupe. En effet plusieurs personnes dansent autour d’eux. C’est dans la bonne humeur que le cortège reprend la route en direction du chemin du Gissey.

12h30 le troupeau arrive au fort de Planoise, suivis par les spectateurs au compte-gouttes. « C’est un prétexte pour se balader en famille », confient un homme et sa femme accompagnés de leurs trois enfants. « Je faisais déjà des transhumances étant petite, ce sont de bons souvenirs » précise la femme. Anne Vignot, adjointe à l’environnement (EELV) explique : « il y a beaucoup plus de jeunes que les autres années, c’est une bonne chose qu'ils s’y intéressent… ». Illustration avec ce groupe d’étudiants stagiaires à Besançon « venu pour l’ambiance, le contact avec les chèvres, et pour découvrir Besançon », explique l’une des étudiantes.  Une autre ajoute « c’est aussi pour perpétuer la tradition ». Une tradition qui n’a pas 10 ans…

« Les bergers sont une espèce en voie de disparition »

Au fort de Planoise, de nombreux stands ont été montés. Il y a celui de l’Association des bergers du Jura franco-suisse, engagé dans la transhumance depuis le début. « Notre objectif est de défendre et promouvoir le métier de berger et des pratiques respectueuses de l’environnement, pour préserver la biodiversité », explique un berger. Une jeune femme, venue avec son compagnon, témoigne : « c’est ma première transhumance à Besançon, mais j’en ai déjà fait d’autres moins urbaines » explique-t-elle en rigolant, « c’est une très bonne chose que de revaloriser les métiers comme berger, on oublie trop les savoir-faire de l’homme au profit des machines… Un berger ne surveille pas seulement son troupeau, mais aussi une prairie, des espèces, un écosystème… Aujourd’hui les bergers sont une espèce en voie de disparition… »

Groupe Folk trad.