Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

Rythmes scolaires : le fiasco de la consultation bisontine

analyse

Lundi 11 décembre 2017 / Daniel Bordür

La semaine de quatre jours est arrivée largement en tête d'une consultation organisée à la va-vite, ponctuée d'un ersatz de débat, à laquelle n'ont participé que 3,62% des électeurs inscrits, et même moins de 3% des adultes si l'on tient compte des non inscrits auxquels elle était ouverte. C'est une « consultation manquée » pour Laurent Croizier (MoDem) tandis que la FCPE se gausse.

Que faut-il retenir ? La victoire de la semaine scolaire de quatre jours ou la faiblesse de la participation ? L'indigence de la mobilisation ou l'absence de culture politique à la suisse ? Sans doute tout cela à la fois, tant les ingrédients étaient tous là pour que cette consultation qui partait d'un bon sentiment tourne au fiasco.

Que disent les chiffres ? Sur 71.006 électeurs inscrits et 114 votants non inscrits sur la liste électorale, 1529 personnes (57,14%) ont voté pour la semaine de 4 jours, 816 (30,49%) pour 4,5 jours avec classe le mercredi, 331 (12,37%) pour 4,5 jours avec classe le samedi. Avec 2683 votants (dont 2676 ont choisi une des trois options proposées), cela fait un taux de participation officiel de 3,77%.

Mais ce dernier chiffre est trompeur car il faut retrancher les 114 votants non inscrits qui, par définition ont tous voté. On  obtient alors d'un taux de participation de 3,62% des électeurs inscrits, ce qui ne change pas grand chose. Quant aux non inscrits qu'on peut estimer à environ 20.000, dont près de la moitié d'étrangers, qui avaient le droit de voter, 114 votants correspondent à un taux de participation de l'ordre de 0,6%. Au final, avec un corps électoral potentiel de 92.000 personnes, cela donne un taux de participation inférieur à 3%...

Débat à peine entrouvert...

Pour le maire Jean-Louis Fousseret, cela « clôt le débat démocratiquement ». Peut-on se satisfaire de cette conclusion ? Nous ne le pensons pas, car si un débat a bien été entrouvert, a-t-il seulement vraiment eu lieu ? Certes, le maire et l'adjoint à l'éducation Yves-Michel Dahoui se félicitent que Besançon ait été la seule ville du pays à avoir consulté ses habitants. Pour autant, cette votation souffre de la comparaison avec ce que font régulièrement les Suisses.

Se prononçant plusieurs fois par an, au niveau fédéral, voire cantonal ou municipal, nos voisins prennent le temps d'une véritable campagne électorale au cours de laquelle les uns et les autres défendent leurs arguments et échangent. Ils sont rompus aux exercices consistant à pouvoir contester une disposition existante, ratifier un projet ou un principe, prendre l'initiative de propositions alternatives soumises à votation... Rien à voir avec cet ersatz de débat qui aura pris la forme d'une émission pour les réseaux sociaux qui a mobilisé 230 personnes au Kursaal, une centaine de spectateurs en ligne, et au total moins de 700 vues.

Favoriser le retour aux quatre jours sans l'assumer ?

Les conseils d'école, et c'est bien normal, ont été saisis de la question. Mais pour que l'on parle de débat démocratique, il aurait fallu prendre le temps d'impliquer soigneusement, méthodiquement, tous les parents, et organiser à leur intention des discussions et présentations dans chaque école. On aurait aussi pu imaginer d'innombrables débats thématiques tant l'organisation du temps scolaire interfère avec l'investissement des familles, le travail des parents, la place des loisirs, des vacances, des week-end, mais aussi avec le discours de la société sur la transmission, l'apprentissage, le futur...

On aurait pu aussi se saisir de l'occasion pour valoriser la recherche, productrice de connaissances, et non de l'opinion des chercheurs comme on a pu le lire. Au lieu de cela, on a mis le travail universitaire sur le même plan que les positions individuelles, transformant l'impossible dialogue d'idées et d'arguments, en défenses de modes de vie personnels. Du coup, c'est la notion même de société qui disparaît, et celle de biens communs qui va avec...

Bref, c'est une consultation bâclée qu'a organisée la ville. Mais avait-elle les moyens de porter seule un débat d'une telle ampleur ? S'il s'agissait de ne pas assumer, tout en le favorisant objectivement, le retour aux quatre jours qui arrange les finances locales, c'était assez bien vu, mais pas très malin. On a cependant peine à inscrire le vote du 10 décembre dans la lignée des avancées sociales qui ont fait l'histoire de Besançon, comme le Minimum social garanti, sorte de RMI avant l'heure...

Le conseiller municipal MoDem Laurent Croizier parle pour sa part de « consultation manquée » dans un texte que l'on peut lire ici. Et la FCPE, dans une lettre au maire à lire , lui renvoie un sarcasme moqueur après que l'adjoint ait moqué sa faible représentativité... 

 

L'option quatre jours l'emporte dans 33 des 35 bureaux de vote, dépassant 50% dans 28 d'entre eux.
Les deux options 4,5 jours sont majoritaires ensemble dans les bureaux sur fond rose.
La ville publie les résultats sur son site ici avec notamment les trois bulletins blancs et quatre nuls...