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Solidarité d'artistes... des nouvelles de Vladimir Anishchenko

rencontre

Mercredi 20 novembre 2019 / Danièle Secrétant

Factuel.info aime aussi raconter de belles histoires. Ici, un exemple de solidarité d'artistes. Grâce à l'association "Art libre comtois" Vladimir Anishchenko peut enfin peindre dans un atelier. Les artistes en ont ouvert les portes - et leur cœur- à notre journal en ligne.

Mots-clés: peinture
Petits formats de Vladimir Anishchenko

 

Depuis 1953, une association d’artistes, celle de l’Art libre comtois, travaille à promouvoir le talent de peintres et de dessinateurs de la région. Pas seulement ! Lors de sa dernière exposition à La Galerie de l’Ancienne Poste, du 15 au 21 novembre 2019, deux artistes suisses étaient exposés. Et des œuvres de Vladimir Anishchenko, peintre paysager biélorusse installé à Besançon, dont Factuel.info continue de suivre l’itinéraire.

De face, René Ponsot, le président. Á gauche, Claude Fridelance, nouvel adhérent, Brigitte Laithier et Christian Bornat

Les concernant, lui et sa femme Natalia, deux bonnes nouvelles. La première : ils ont obtenu une carte de séjour. Si bien des problèmes restent encore à résoudre, ils sont soulagés et heureux. La seconde : Art libre comtois permet à Vladimir Anishchenko de peindre dans son atelier. Jusqu’alors, Vladimir devait travailler dans les quelques mètres carrés de sa chambre, dans le cadre du CADA (centre d’accueil pour demandeurs d’asile) d’une résidence ADOMA. Une sorte de bohème telle que la chantait Charles Aznavour, sauf que Vladimir et Natalia n’ont plus 20 ans… et qu’ils n’ont pas vraiment choisi de fuir leur pays.

La solidarité n’est pas un vain mot. Un artiste d’Art libre comtois, Christian Bornat, a rencontré Vladimir Anishchenko… dans un jardin. Celui de Pierre Chevignard, qui organise des expositions chez lui, dans son jardin ! Christian a vite reconnu le talent de Vladimir. Il a également vite compris les difficultés auxquelles le peintre et son épouse se heurtaient. Peindre, et aussi vivre dans une seule pièce, n’est pas aisé. Natalia raconte comment le soir, quelque soit la météo, il fallait ouvrir les fenêtres pour chasser les odeurs de térébenthine de la chambre. Ce dernier problème est résolu. Grâce à l’accord immédiatement obtenu du président d’Art libre comtois, René Ponsot, lui-même artiste, Vladimir est admis dans la grande salle mise à la disposition de l’association par la municipalité. Il peut s’y rendre dès qu’il le peut. Lui et Natalia suivent les cours de français qui leur sont dispensés par des bénévoles, admirables dans leurs actions de solidarité, eux aussi. Factuel en a rencontré quelques-unes et quelques-uns, qui font visiter la région au couple, qui les invitent à la campagne…

Depuis que Vladimir les a rejoints, reconnaissent les artistes qui ont invité Factuel.info à visiter leur atelier, l’ambiance a changé. Vladimir ne se contente pas d’utiliser le service qui lui a été offert, il partage son savoir, sa technique, avec les autres artistes. Il donne des conseils, il suggère de nouvelles formes d’organisation d’un paysage, d’un sujet… il met la main au pinceau pour le plus grand plaisir de ses nouveaux amis.

Sous la houlette de Vladimir, Béatrice Fougeras-Destrac travaille à un paysage

Des débats, des débat ! À propos du tableau qui suit...

Ce tableau de Vladimir Anishchenko est-il terminé ?

Des discutions parfois vives animent l’atelier. Un tableau de neige attire l’œil. S’il n’est pas de la « patte » habituelle de Vladimir, il est pourtant bien de lui, mais c’est, dit-il, une ébauche, la première couche d’un tableau à venir, alors que pour toutes et tous, ce tableau est abouti. Discussions, discussions… Qui a raison ? Qui a tort ? Qui définit qu’une œuvre est terminée ? Qu’elle remplit son rôle, en l’occurrence, rendre une ambiance hivernale à vous faire grelotter juste en regardant le tableau. Grelotter, mais aussi s’émerveiller. Nombreux sont les Comtois qui aiment la neige, les silences particuliers qu’elle installe, la façon qu’elle a de repeindre les paysages, d’en gommer les aspérités, de sculpter de nouvelles statues en se servant d’un piquet dans une prairie désertée par les vaches si bien peintes par Charigny… son parfois délicat travail de dentellière sur les arbres, sa façon d’ourler les rivières de manchons scintillants, sous le soleil… Les neiges de Zingg sont parfois teintées de rouge, celle de Roz, de bleu. Comment seront les neiges d’Anishchenko ?

Une neige format "carte postale" de Vladimir Anishchenko

Nous avons pu constater qu’il continue de se familiariser avec la peinture comtoise, mais plus encore. Dans l’atelier, un tableau qui représente un poulailler. Comment ne pas penser à l’École de Barbizon, en particulier à un de ses peintres animaliers, Charles Jacque ?

Le poulailler de Vladimir Anishchenko

                                 

                                      Vladimir Anishchenko s'est rendu à La source bleue, près de Malbuisson

Dans l’atelier, un petit portrait de Jacques Mulin, peint à la va-vite, parait-il, par Christian Bornat et qui force l’admiration tant il est criant de vérité ! Jacques Mulin est l’auteur du tableau qui représente des rhinocéros prêts à sortir de la toile pour une charge qui risque bien d’être mortelle !

Les rhinocéros de Jacques Mulin

Un horizon, de Brigitte Laithier

Une tête de Christ en ivoire, réinterprétée par Claude Fridelance

Nous nous sommes arrêtés sur une série de dessins de Christian Bornat. Un thème, celui de l’exclusion sociale. Des hommes sans domicile, des SDF, obligés de dormir dans la rue, parfois avec un chien pour seule compagnie. En quelques traits, une des plaies de notre société, une de ses hontes. De la détresse, de la solitude… L’association Les morts de la rue, fait état de 612 morts dans la rue en 2018, la liste n’étant pas exhaustive. Combien seront-ils en 2019 ?

La boucle est bouclée. L’art, ici, est aussi un étendard de la solidarité.

                                               

                                                                        Dessins de Christian Bornat