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« Un taux de grévistes en baisse, mais une détermination toujours présente »

reportage

Mercredi 11 décembre 2019 / Toufik-de-Planoise

Après le succès du jeudi 5 décembre et son flot de plusieurs milliers de participants, le cortège au départ de Révolution était attendu moins garni ce mardi. L’affluence reste honorable avec 2 à 3000 manifestants comptabilisés. Syndicats, retraités, Éducation nationale, cheminots, hospitaliers, étudiants, avocats, gilets jaunes, mais aussi salariés du privé, chômeurs, intérimaires, petits artisans, et autonomes, représentaient le gros des troupes, qui reste très déterminées.

Mots-clés: retraites
La CGT Hôpital était en tête de cortège ce 10 décembre à Besançon

2 000 selon la Préfecture et 3 000 pour la CGT, ce sont les chiffres des participants recensés lors de la nouvelle mobilisation ce mardi 10 décembre à Besançon. Une baisse attendue par les organisateurs, dont beaucoup restent toutefois satisfaits de demeurer loin de la déroute parfois annoncée. Plusieurs groupes se distinguent, comme celui des étudiants ; « on crève la dalle, la police crève les yeux » pouvait-on lire sur une de leur banderole. Un peu plus loin, les enseignants titrent « l’Éducation n’a pas de prix. » À côté, ils sont une dizaine de l’ISBA à illustrer « l’art en grève. »

Les hospitaliers ne sont pas en reste, très mobilisés à travers la révolte des « blouses blanches. » « Le CHU en colère », « avec la santé on ne joue pas », « SOS hôpital public », ou encore « personnel épuisé, patients en danger », étaient massivement brandi. Disséminés dans le défilé, d’autres clamaient « 1995-2019 – Juppé-Macron même sanction », « plutôt black bloc que BlackRock », « on veut le RIC », « la précarité tue », « pour une retraite digne, contribution du Capital ! », ou encore « occupez-vous de la planète, pas de casser les retraites. »

Le long du cortège, les inscriptions pleuvent sous forme de tags à la craie au sol ou de films plastiques inscrits au spray. « On n’est pas de la chair à canon » écrit un gamin, en dessous d’une publicité J.C.Decaux. Le camion de SUD embarque comme souvent une troupe de chanteurs-musiciens, les autres entités comme CGT ou F. chauffent l’ambiance par des slogans. « Retrait de la réforme », « Macron démission », « de l’argent il y’en a, dans les caisses du patronat », « les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, de cette société-là, on n’en veut pas », entend-on.

Un peu avant 14h, heure inhabituelle pour une manifestation bisontine, ils n’étaient encore que quelques centaines. L’inquiétude commençait à gagner, d’autant plus que le suivi de la grève en entreprise avait nettement baissé, notamment à la SNCF, dans l’Éducation nationale, ou à Ginko. Mais avant le départ, la place de la Révolution s’est considérablement étoffée. « Un taux de gréviste en baisse, mais une détermination toujours présente » rassurera José Avilès de la CG. Côté parcours, le tracé reste inchangé par rapport au jeudi précédent : Révolution – gare Viotte – Chamars.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase

Pour beaucoup de ceux interrogés, la réforme des retraites est celle de trop. Après la crise des « Gilets jaunes » liée à la taxation jugée toujours plus pesante sur les ménages, c’est la mise à mal d’un système social qui est désormais perçu comme « invivable. » C’est le cas de Marcel (*), la quarantaine, qui travaille dans le BT.P. L’année dernière il portait la fameuse chasuble jaune, et après avoir décroché il n’a pas hésité à revenir sur le bitume. « C’est un tout. Le poids de la fraude fiscale, les décisions de l’Union européenne, la rapacité des représentants… rien ne va plus, et on trinque. »

Une vision d’ensemble souvent partagée par les participants, dénonçant certes les mesures concernées, mais plus globalement une « ère Macron et au-delà. » Tatiana (*), aide-soignante syndiquée FO, a fait le voyage depuis le Haut-Doubs. Elle confirme sa présence liée à un sentiment de ras-le-bol beaucoup plus vaste : « cette réforme, c’est le moment de taper du poing sur la table. Là, c’est allé trop loin. Mais la galère, c’est dans toutes les boîtes, publiques comme privées, qu’elle est visible. Cela se passe depuis des années, et ça empire silencieusement. »

Les étudiants, lycéens, éléments en formation de l’IRTS ou de l’A.F.P.A., abondent. « Notre avenir est déjà peu enviable, les perspectives sont incertaines et souvent inscrites dans la précarité. Il est donc important de faire entendre notre voix, pour faire comprendre aux dirigeants que la jeunesse aussi est concernée elle qu’elle ne laissera pas son futur condamné sans réagir » alternent deux membres de l’ISBA appuyés par leurs camarades. Dans l’opinion aussi, la mesure est impopulaire, l’ensemble des sondages indiquant un rejet de celle-ci et un soutien à la contestation.

AG et « after »

Jusqu’à la dispersion « officielle », tout se déroulera bien. La présence policière est fixée au strict minimum et à bonne distance, mais un escadron de gendarmes mobiles s’est néanmoins posté aux abords du commissariat central. Les transports en commun sont naturellement paralysés, de 13h00 à 17h00 les tramways étant interrompus entre Chamars et République. À partir de 16h00, les flux s’éparpillent lentement aux abords de la place Saint-Jacques. SUD et la FSU (pas la CGT et FO) appellent à se rendre à l’AG de fin de manif à la fac de lettres. Une bonne part rentre à la maison ou va boire un coup, mais plusieurs centaines se rendent à l’AG pour discuter des suites.

L’amphithéâtre Donzelot, limité à quelque deux-cents places, se révélera finalement bien trop spartiate pour accueillir tout le monde. L’assemblée se tient en pleine rue devant le grand théâtre, initialement conçu par l’utopiste Claude-Nicolas Ledoux. Après quelques prises de parole notamment pour fixer les prochaines réunions préparatoires, un flot finit par se détacher peu après 16h30. Ils sont environ deux-cents, ayant adopté un leitmotiv explicite : « grèves, blocages, manifs sauvages. » Pendante près d’une heure, cet « after » perdurera dans le vieux centre.

Grande rue quelques cartons stockés sont projetés sur les voies, mais ce sont là les seuls « débordements » notés. À 17h30 rue Charles Nodier le face-à-face s’amorce avec les forces de l’ordre, déployées en nombre. Il tournera vite court après quelques slogans, et un assaut, sans lacrymogènes, affrontements, ni même d’interpellations. Le calme ne reviendra définitivement qu’autour de 18h00, lorsque les derniers véhicules de la police nationale termineront leur ronde de vérification. Avant de se retrouver demain jeudi, pour la poursuite du mouvement.

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