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Témoignages de la ségrégation coloniale

cinéma

Mercredi 27 mars 2019 / Michèle Tatu

Paroles de femmes algériennes engagées aux côtés du FLN, le film « Résistantes », de Fatima Sassami, a été présenté en Franche-Comté dans le cadre du Festival Diversité. Encore une séance dimanche 31 mars à Besançon...

Le cinéma a parfois des trous de mémoire. Et il revient des décennies plus tard sur des événements enfouis dans les méandres du souvenir de celles et ceux qui vécurent les tourmentes de l’histoire. On le sait pour avoir vu les productions américaines sur le Vietnam, les films sur le nazisme, ou encore les rares documentaires sur le Rwanda. Les films arrivent souvent après coup. Le temps n’absorbe pas tout, ne digère pas tout. Viennent ensuite les témoignages.

Les silences de la mémoire

Le film de Fatima Sassami est un outil de mémoire sur l’engagement des femmes aux côtés du FLN (Front national de libération) durant la guerre d’indépendance : elles ont 80 ans et après des décennies de silence, elles prennent la parole devant la caméra. Eveline Lavallette-Safir, fille de colons, Zoulikha Bekaddour, originaire de Tlemcen et Alice Cherki, issue d’une famille de berbères témoignent de leur prise de conscience et de leur militantisme pendant la période de guerre.  

Alors pourquoi ce silence ? : « Je ne voulais pas parler », explique Eveline Lavalette-Safir, « pour avancer, pour construire le présent ». Le film revient sur les événements tragiques du 1er novembre 1954, date de départ de la guerre d’indépendance appelée aussi « La Toussaint rouge ». Entre le maillage habile des entretiens, la réalisatrice prend appui sur des images de l’INA. Les archives utilisées sont complétées par diverses photos où l’on aperçoit un plan de quelques secondes sur le titre d’un vieux journal intitulé « Les guillotinés de Mitterrand ».

Même si ce n’est pas le propos du film, la réalisatrice souligne subrepticement un épisode dont on parle peu : en 1954, Mitterrand, ministre de la justice dans le gouvernement Guy Mollet,  réprime la rébellion dans le sang : 45 nationalistes algériens seront guillotinés en 1956-1957 durant les seize mois de ses fonctions. Pourtant, en 1981 lorsqu’il fait abolir la peine de mort, il passe pour un héros. Il n’est pas évident de s’en souvenir et de remettre en cause les non-dits de l’Histoire.

Femmes torturées

Ce petit retour sur l’Histoire n’est pas le propos du film, mais plutôt le ressenti des trois femmes engagées aux côtés du FLN comme agents de liaison. Elles parlent librement de la période coloniale, de l’invisibilité des musulmans, de l’antisémitisme et de la violence des interrogatoires. L’une explique comment elle résistait à la torture en pensant à de belles choses. Internées en psychiatrie, elles développeront des liens de solidarité avec d’autres femmes, notamment des communistes. A cette époque, apprend-on aussi, les malades étaient séparés dans les hôpitaux et les bus.

Ce film est l’écho du regard et de l’engagement des femmes en Algérie où règnent la ségrégation, l’antisémitisme et la misère. Fatima Sassina a non seulement recueilli une parole nécessaire mais les possibilités créatrices de ces femmes comme en témoigne à la fin des mots sublimes sur les beautés de l’Algérie, pierres, sable et couleurs.

  • Au cinéma Victor-Hugo à Besançon, dimanche 31 mars à 18h20. Site du festival Diversité ici.