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Tensions à gauche

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Mercredi 28 janvier 2015 / Daniel Bordür

La rupture est-elle consommée entre le gouvernement et le syndicalisme de lutte ? La coupure de courant revendiquée par la CGT Mines et énergie qui a retardé d'une heure le meeting de Manuel Valls mardi soir à Audincourt, en parait une preuve. En cause, la loi de transition énergétique que le syndicat estime dévoyée, par exemple par la libéralisation du transport par autocar. Ce faisant, assumant une action sans doute illégale, la CGT n'utilise-t-elle pas l'arme du rapport de force, très prisée dans le champ politique ou les rapports économiques, voire le champ symbolique ?

C'est d'ailleurs à ce niveau que l'on peut aussi analyser cette affaire. Car il y a aussi le projet de loi Macron. Bien vendu à l'opinion - si l'on voit les sondages - malgré ses 206 articles traitant de très nombreux sujets disparates, il inquiète davantage ceux qui l'ont lu que ceux qui en ont seulement entendu parler. Il inquiète bien au-delà des syndicalistes qui s'insurgent du fait que le ministre de l'Économie porte un projet de loi qui devrait l'être par son collègue du Travail. Bien au-delà des juristes qui s'étonnent que ce même ministre de l'Économie porte un projet qui devrait l'être par son collègue de la Justice.

Son volet introduisant, en catimini, un délit de violation du secret des affaires ne réjouit que ceux qu'insupporte la révélation des turpitudes des puissants de l'économie et de la finance. Elle fait en revanche une quasi unanimité - contre elle - des syndicats dont le SNJ, principal syndicat de journalistes, des sociétés de rédacteurs, des lanceurs d'alerte... à tel point qu'un appel « Informer n'est pas un délit » a été lancé, que Factuel a signé. La gouvernement a finalement battu en retraite, du moins l'indique-t-il en annonçant un amendement par la voix de Michel Sapin, mais l'appel réclame le retrait du texte.

Ce projet Macron est en train de subir le même sort que les propositions de la commission Attali du temps de Nicolas Sarkozy. Rien d'étonnant à cela, Emmanuel Macron en a été le rédacteur !

L'historien et ancien député socialiste du Doubs, Joseph Pinard voit quant à lui dans la coupure de courant d'Audincourt la répétition de « l'obstruction des poujadistes à l'égard de Mendès-France » dans les années 1950, et même des années noires d'entre les deux guerres mondiales : « ça me rappelle les méthodes des fascistes italiens quand ils sabotaient les meetings des socialistes lors de la montée au pouvoir de Mussolini... On est en pleines années 30... Il y avait aussi les notaires, voir l'union sacrée des notaires et de la CGT, ça me rappelle vraiment 1934 ! »

On sait que Joseph Pinard est obsédé par les « bruns-rouges », une prétendue « alliance des extrêmes » qui s'appuie sur l'exemple de quelques dérives spectaculaires. Il y a celle, récente, de ce militant LO, puis NPA, syndicaliste CGT de Moselle, devenu en mars dernier maire FN d'Hayange, condamné en première instance à un an d'inéligibilité.... Il y eut Jacques Doriot, exclu du PCF, justement en 1934, qui finira sous l'uniforme nazi... Comparaison n'est pas raison. 1934 est l'année où le PCF renonce à la notion de social-fascisme et s'allie à la SFIO pour lutter contre l'extrême droite après les violentes manifestations des ligues factieuses, annonçant le Front populaire et la réunification de la CGT, divisée depuis 1921...

Plus prosaïque, lui-même ancien adhérent de la CGT, le maire de Besançon Jean-Louis Fousseret a la critique plus mesurée : « La liberté syndicale est un droit absolu que je défendrai en toute circonstance, mais elle ne doit pas empiéter sur la liberté d’expression politique dans un moment démocratique comme une élection. Chercher à nuire au débat est à mon sens une faute ».

Peut-on faire l'unité nationale sans avoir fait celle de son camp ? Réponse dimanche.