Abonnez-vous maintenant

Pour lire tous les articles du Journal et créer votre blog à partir de 7€/mois

« Tout est possible », si la nature le veut bien

Mercredi 9 octobre 2019 / Patrick Tardit

Le film de John Chester raconte son installation, avec son épouse Molly, dans une ferme de Californie. Le retour des coccinelles et des abeilles est vécu comme un signe, mais on n’échappe pas à une forme de naïveté face à la nature, aux réalités de l’agriculture. Le film est ainsi une fable écolo à l’américaine, une success-story, la ferme étant désormais visitée par des touristes ébahis devant une basse-cour.

Mots-clés: cinémaagriculture
John et Molly se sont lancés dans l’agriculture avec la vision idyllique d’une ferme de livres pour enfants. Le couple va se heurter aux dures réalités de l’élevage et du pâturage, notamment les maladies des animaux.

John Chester et son épouse Molly vivaient dans un petit appartement de San Monica, en Californie, où leur gros chien était trop bruyant et trop remuant. Recherchant de l’espace, pour eux et leur toutou, ils ont déménagé à Apricot Lane Farms, une grande ferme de 80 hectares, un terrain aride et abandonné. John était réalisateur, notamment de films animaliers, et Molly tenait un blog de cuisine, avec pour seul apprentissage de la culture ces tomates qu’elle faisait pousser sur son balcon. C’est leur expérience que raconte le documentaire tourné par John Chester lui-même, « Tout est possible » (‘The biggest little farm, sortie le 9 octobre), sélectionné dans de nombreux festivals, dont celui du Cinéma Américain de Deauville.

Pendant une décennie, il a filmé au fur et à mesure leur installation, les travaux, l’exploitation, avec pour image idyllique celle d’une ferme de livres pour enfants. Le couple, bien sûr, a été pris pour des dingues, ces citadins qui se transforment en agriculteurs bio, avec l’ambition de gérer leur entreprise en harmonie avec la nature. Partant du principe que l’alimentation est saine si l’agriculture l’est aussi, ils vont rechercher le plus haut niveau de biodiversité possible, conseillés par Alan York, sorte de grand gourou de l’écoresponsabilité.

Maladies, coyotes, canicule, incendies…

Poules, vaches, moutons, cochon, arbres fruitiers, poissons… La ferme va se peupler et se métamorphoser, mais l’émerveillement devant la beauté de « Dame nature » n’est que de courte durée. Très vite, John et Molly vont se heurter aux dures réalités de l’élevage et du pâturage, et être confrontés aux problèmes de toutes sortes, les maladies, les coyotes, les nuisibles, la canicule, la sécheresse, les incendies, le vent… Les charmants oiseaux bouffent les fruits, les tomates sont boulottées par les escargots, qui à leur tour sont avalés par les canards. La nature impose sa loi, ses rythmes et ses processus, une « leçon d’humilité » pour les fermiers parfois découragés.

Bien sûr, le discours de ce film est que « Tout est possible » ; certes le retour des coccinelles et des abeilles est vécu comme un signe, mais on n’échappe pas à une forme de naïveté face à la nature, aux réalités de l’agriculture. Le film est ainsi une fable écolo à l’américaine, une success-story, la ferme étant désormais visitée par des touristes ébahis devant une basse-cour. L’aspect économique est éludé, à peine une phrase pour évoquer un financement participatif, et ce qui est présenté comme une grande aventure a été vécue par bien d’autres, pendant des décennies, dans bien d’autres fermes du monde entier.

« Tout est possible » (‘The biggest little farm), un film de John Chester (sortie le 9 octobre).