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Trois femmes et un confinement/ Jour 19

chronique

Samedi 4 avril 2020 / Danièle Secrétant

Trois femmes, trois générations à l’épreuve du confinement. Une grand-mère accueille sa fille et sa petite fille, qui ont fui Paris et leur appartement minuscule. Chaque jour, Mimi, Anouk et Nina racontent comment elles font face à cette cohabitation imposée. Amour vs névroses – humour vs conflit générationnel. Qui va gagner ? Les paris sont ouverts !

 Jour 19 - Mimi

Si ce jour devait avoir un prénom, ce serait, Merci. Merci à Daniel Bordur qui a créé ce journal, et qui publie nos errements et nos tourments face au Covid 19. Merci à Guillaume Clerc qui a pris le relais. Merci à Toufik de Planoise. Même si nous ne sommes pas de la même génération, ni du même courant de pensée, nous cohabitons plutôt bien dans Factuel. Merci à Michèle Tatu pour sa géniale initiative de nous faire voir, sur Factuel, cinq films documentaires réalisés par François Royet et consacrés à la peinture. Le deuxième film, « Crayon, terre, savon et rouille sur fond de journal » est un choc. Il permet de relativiser nos humeurs parfois mauvaises dues au confinement.

Merci à Amélien. Dans son épicerie, on a pu aussi trouver – gratuitement – des masques en tissu cousus par des couturières. D’ailleurs, elles ont besoin de tissu pour continuer. Alors faisons le fond de nos tiroirs et de nos placards. Nous pouvons laisser nos trouvailles chez Amélien, au Vrac. On peut également y acheter des tulipes que des producteurs de Pesmes déposent là puisque les fleuristes ne sont plus ouverts. Le prix de la vente est intégralement reversé aux producteurs. Merci aux producteurs de tulipes ! Depuis hier, des formulaires d’attestation de déplacement dérogatoire, imprimés gracieusement sur du papier provenant des surplus de production, par l’Atelier de l’Imprimeur. Merci à eux. Ils se trouve que j’avais décidé, à la fin de ma dernière cartouche d’encre d’imprimante, de ne plus imprimer chez moi, mais chez l’imprimeur tout proche. Bon sang ! Même quand on délocalise à titre privé, ça vous fiche dans la m…ouise ! J’en avais un peu assez de la recopier à la main, cette attestation. Faut-il être autosuffisant pour tout ?

Merci à vous, lectrices et lecteurs de notre chronique de confinement. Vous êtes nombreuses et nombreux à faire part de vos commentaires sur les réseaux sociaux auxquels Anouk a accès, moi non. Pourquoi n’y ai-je pas accès ? Parce que je n’ai pas encore trouvé de réponse à la question : dois-je avoir un compte Facebook ? Dois-je twitter ? Dois-je instagrammer ?... Pour vivre heureux, vivons caché, dit la morale de la fable Le grillon de Jean-Pierre Claris de Florian, (1755-1794). Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde ! Pour vivre heureux, vivons caché. J’applique à ma vie, autant que faire se peut, cette sage maxime. Et si je veux sortir, je sors masquée. En ce moment c’est difficile, puisque bien que nous soyons un grand pays, nous n’avons pas assez de masques ou qu’on se les fait « chouraver » sur le tarmac, comme l’écrivait Anouk hier.

Mon dernier merci du jour sera pour Nina. Non seulement elle fait les courses sans rien oublier, mais encore, elle lave tout avant de ranger de façon impeccable ce qu’elle ramène de sa course au trésor. Mieux encore, elle nous prépare des repas on ne peut plus succulents. Ensuite, elle va rendre visite à son chat dans la cour. Comme elle y va de plus en plus souvent, je me demande de quel genre de matou il s’agit vraiment. Affaire à suivre…

PS N’oubliez pas que le dimanche, nous faisons relâche. Donc, à lundi et bon dimanche !

JOUR 19 – ANOUK

Aujourd’hui, Nina a préparé le déjeuner (des steaks avec des frites maison à tomber), Mimi a acheté des tulipes solidaires. Et moi, j’ai lu le Monde (je sais, j’avais arrêté).

J’ai lu aussi d’autres articles partagés par mes sœurs et frères humaines sur facebook. J’ai lu des témoignages, des articles de fond, et même un papier sur les cheveux en temps de confinement. Et je me suis émerveillée qu’il y ait un tel volume écrit sur le coronavirus et le confinement. « On pourrait y passer la journée ! » me suis-je écriée. Euh… C’est d’ailleurs c’est ce que j’ai fait… 

Si vous avez profité de cette période très particulière pour réviser votre Yuval Noah Harari (l’auteur de Sapiens) vous savez que l’une des choses qui distingue Sapiens des autres espèces (et j’espère que je ne m’emmêle pas les crayons dans les notions d’espèce), c’est le gossip, le cancan, la rumeur. Mais si Sapiens aime tant les ragots, ce n’est pas pour le plaisir de dire du mal des autres. Non non ! Si Sapiens aime autant les commérages, c’est par instinct de survie. Je ne me souviens pas des détails, mais en gros, Harari nous explique que lorsque Sapiens s’organise en communautés, il a besoin d’infos : où sont les dangers, qui mange quoi, qui a quoi à offrir. Sapiens papote, et en papotant, il développe son formidable cerveau et il échange de très précieuses informations. D’où sans doute le succès des réseaux sociaux, et la place qu’ils ont pris tout particulièrement dans notre vie confinée. Je sais ce que vous allez me dire, vous allez me dire que les informations échangées sur les réseaux sont plus ou moins précieuses, par les temps qui courent (les temps qui, d’ailleurs, tournent en rond ces jours-ci). Et c’est vrai que parmi ce fouillis de vidéos, avis, témoignages, infos pratiques, infos pas pratiques, infos anxiogènes, tentatives de penser ce qui nous arrive, d’anticiper la suite, de comprendre comment on en est arrivé là, il est parfois difficile de trier le bon grain de l’ivraie. Je sais aussi que certain.e.s préfèrent se déconnecter, ça les aide à tenir et à ne pas paniquer. Mais permettez-moi de voir aujourd’hui le verre de jus d’orange pressées bio à moitié plein, et pas à moitié vide. Imaginez que nous devions appréhender ce virus dont nous ne savons rien sans pouvoir partager nos expériences, nos informations, sans les interventions des médecins, sans les petits messages d’amitié ? Dans l’un des articles que j’ai lus aujourd’hui, certaines personnes témoignaient de leur isolement accentué par la fracture numérique. Il faut bien le dire : sans Internet, ce serait encore plus dur ! Mais ce n’est pas ça qui m’émerveille, ce qui m’émerveille avec cet afflux de pensée qui nous arrive chaque jour et qui m’a fait dire « mais on pourrait y passer la journée ! », ce qui m’émerveille donc, c’est notre désir, notre besoin d’échanger, de communiquer, de penser ce qui nous arrive, d’en faire du sens. Et même si oui, c’est vrai, pendant ce temps, beaucoup d’autres sujets passent à la trappe, et si tout cela peut donner la nausée, ou du moins un sentiment de trop plein (je disais au début du confinement que je n’avais jamais autant communiqué et qu’il me tardait que tout cela cesse pour pouvoir revenir à mon rythme habituel, parler à pas plus de 5 ou 6 personnes par jour), aujourd’hui j’ai décidé de le voir tout à fait plein, le verre, et je proclame : je pense (encore), et donc je n’ai pas cessé d’être.

En parlant de ça, nous nous sommes promis, avec Mimi (Nina elle, nous régale déjà de son sens de la synthèse) d’essayer de faire un peu plus court dorénavant, pour prendre en compte justement l’effet de saturation qui peut se faire sentir.

En outre, n’oubliez pas, demain, c’est dimanche, donc, pas de billet !

PS : hier, j’avais mis un * à Louis Philippe mais en oubliant d’écrire la note qui s’y référait. La voici donc  : nous savons pertinemment que notre premier ministre ne s’appelle pas Louis Philippe, mais c’est ainsi que nous le surnommons dans notre phalanstère/gynécée.

JOUR 19 – NINA

En ce jour 19, je vous annonce que je ne posterai pas un billet tous les jours mais seulement un de temps en temps. Le bac en contrôle continu arrive et comme vous le savez, je suis un peu en retard. Du coup je vais devoir beaucoup travailler et j'aurai donc moins de temps pour écrire.

A bientôt :)