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Trois femmes et un confinement/Jour 42

chronique

Lundi 27 avril 2020 / Danièle Secrétant

Trois femmes, trois générations à l’épreuve du confinement. Une grand-mère accueille sa fille et sa petite fille, qui ont fui Paris et leur appartement minuscule. Chaque jour, Mimi, Anouk et Nina racontent comment elles font face à cette cohabitation imposée. Amour vs névroses – humour vs conflit générationnel. Qui va gagner ? Les paris sont ouverts !

JOUR 42 – MIMI

En préambule, je répète que non, je n’oublie pas les raisons qui nous ont conduit-es au confinement. Je n’oublie pas toutes celles et tous ceux qui sont dans de terribles difficultés. Mais je ne veux pas jouer les faux-culs, comme je pense que vous savez-qui l’est. Tout cela pour vous dire que le confinement, ça me va. Qu’il est favorable à de nombreux changements intérieurs. Par changements intérieurs, j’entends à l’intérieur de moi-même, et à l’intérieur de l’appartement/maison qui abrite notre phalanstère/gynécée. Appartement renvoie à du collectif, maison à du plus personnel. Nous vivons cet appartement comme une maison dans laquelle, si nous n’avons pas de jardin, nous avons une fenêtre-restaurant à oiseaux. Figurez-vous que Nina et Anouk ont opéré un grand changement sur cette fenêtre-restaurant. Son rebord extérieur abritait deux jardinières qui ressemblaient à deux friches d’un quartier abandonné. Je dois reconnaitre que non seulement, je ne goûte pas aux joies de la parfaite maîtresse de maison, mais encore je n’ai pas la main verte du tout. Bref ! Nina et Anouk ont décidé de remédier à tout ça. Achat de terreau, achat de plantes à repiquer, une heure passée dans la cour afin de dépoter, rempoter… Résultat, il y a maintenant un mini jardin sur le bord de la fenêtre, mini jardin qui grâce à notre imagination a le charme d’un vrai jardin.

Cela a un peu perturbé les oiseaux. Qu’on leur change leur rade pour un quatre étoiles, sans leur demander leur avis, ils ont un peu fait le bec ! Après avoir lu ce qu’Anouk a écrit sur son amour pour les bars, les restaurants, les troquets, les caboulots, les estaminets, les bouchons, sans aller jusqu’aux boui-boui ni aux beuglants, ni aux bouges… je comprends les oiseaux. Double ration de riz bio, ils sont revenus. Une anecdote à propos du merle. Ce doit être un merle clown, ou un merle acrobate. Je vous explique. Le maintenant quatre-étoiles des oiseaux est précédé, sur sa gauche si on regarde depuis la cuisine, par un bout de toit pentu. Le merle arrive souvent par ce chemin, en vol à grande vitesse. Il pose ses pattes qui crissent sur les tuiles et glisse façon skieur jusqu’au casse-croûte. Quand je le vois faire, je me demande s’il ne va pas se casser le bec, un jour. Ses arrivées acrobatiques me rappellent un dessin animé que j’ai regardé avec Anouk, quand elle était petite. Il s’agit, si ma mémoire ne me fait pas des farces, de Bernard et Bianca, dans lequel un albatros fait une arrivée improbable sur une plage, pattes en avant, avant de se retrouver cul par-dessus-tête.

Autres changements dans le phalanstère/gynécée : le matériel de cuisine se trouve complété par un économe, par une mini-casserole dans laquelle Anouk réchauffe son café afin d’éviter le gaspillage, par une mini-poêle dans laquelle Nina cuit ses pancakes, et que j’utilise le matin si je me fais un œuf sur le plat avec mon jus d’orange-citron frais et bio. Ce n’est pas tout ! Elles ont aussi acheté une poubelle, dans laquelle on peut mettre des sacs poubelles, dans lesquels… Je vous imagine essayer de comprendre en quoi le fait d’acheter un économe, une mini-casserole, une mini-poêle, et une poubelle, mérite d’être noté comme un évènement bienvenu du confinement. Je ne saurais pas vraiment vous l’expliquer, mais je suis sûre que vous imaginerez des raisons à ce contentement.

Quant aux changements intérieurs, je veux dire par là, de personnalité… de regard sur le monde, de regard sur les autres… je ne peux pas vous en dire plus aujourd’hui. Peut-être dans le dernier billet de confinement qui sera un billet de déconfinement ?

JOUR 42 - ANOUK

Vraiment, je sais que vous avez adoré cette histoire de lave-vaisselle et que vous aimeriez tout savoir sur les autres sujets tabous du phalanstère gynécée : la poubelle, les clefs, la fenêtre qu’il faut toujours ouvrir même si on n’a pas le droit de l’ouvrir… 

Pourtant, aujourd’hui, je me suis fait une réflexion. Je me suis dit que cette formule « journal de confinement » n’était pas adaptée. Ce qu’il vous manque, ce sont les dialogues. Quand je pense que chaque jour, une scène de sitcom a lieu dans la cuisine et qu’on ne verra jamais le show sur Netflix, ça me désole. Mais nous ne pouvons tout de même pas nous transformer en sujet de série ! On ne va pas mettre des caméras au plafond et créer une chaine Youtube !

Toutefois, puisque notre petite vie dans le phalanstère gynécée confiné pour cause de pandémie mondiale (voyez comme le pitch, déjà, claque), constitue le sujet de ces billets égrenés comme des perles au fil des jours, permettez-moi de résumer, au lieu de développer (je suis un peu feignasse, en ce moment).

Mimi prend soin de nous, elle cuisine, elle papote à la fenêtre avec ses copains, elle part marcher en oubliant parfois qu’elle est censée rester à moins d’un kilomètre de distance, elle s’émerveille devant sa petite fille, s’agace devant sa fille, écrit, lit, écrit des chroniques, lave la salle de bain, regarde C dans l’air, se lève tôt, se couche tôt, dit « quand-même c’est super bon » à chaque repas, puis « c’est bon non ? » « Vous ne trouvez pas que c’est particulièrement bon ? », s’insurge contre les inégalités, les actions du gouvernement, les réactions des journalistes, tente de comprendre et de ne pas s’inquiéter, veille à ce que nous prenions notre vitamine D et nos probiotiques, tente de nous préparer (le 11 mai, c’est le début du déconfinement, pas la fin du confinement), lit Simenon, appelle les mamies, les copains, les amis… 

Nina envoie des devoirs, fait des listes de courses, fait les courses, fait de la pâtisserie et de la cuisine, fait du sport, envoie des devoirs, vient nous faire marrer à chaque repas et repart dès qu’on lui fait mal aux sinus, sort dans la cour papoter avec Coco ou Concon, quel que soit le nom du matou, se teint les cheveux (et la salle de bain) en rouge, envoie des devoirs, calcule le nombre de devoirs à envoyer avant la fin du confinement (ou le début du déconfinement), décide que de toutes les façons, comme on ne sait pas, le mieux est encore d’aller bosser, ou de faire un gâteau… 

Moi je dors je lis Le Monde, je décide d’arrêter de lire Le Monde puis je recommence à lire Le Monde je voudrais lire l’Huma mais il faudrait aller l’acheter et le souci c’est qu’on ne sait toujours pas combien de temps il reste sur les surfaces, le virus, et je me dis que vaporiser du pshitt désinfectant sur les pages, ça risque de rendre la lecture compliquée, j’écris, je lis un roman extraordinaire, je relis Tintin et les Bijoux de la Castafiore, je fais du sport avec coach Nina, de la méditation bouddhiste zen japonaise (et pas indienne, Mimi !), de la méditation pas bouddhiste et pas zen, du yoga, du yoga du visage, je mange les pâtisseries de Nina, je passe des heures immobiles dans la cuisine pour photographier les oiseaux et tout d’un coup je me regarde dans la glace et là je me dis : « Oh merde ! Il est temps que ce confinement s’arrête (ou que commence le déconfinement). Bref, il est temps de sortir. Rendez-vous compte ! On jardine, on cuisine, on mange bio, on nourrit les oiseaux, on fait du sport, on lit, on fait des cures de sébum, on fait du yoga…

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Jour 42 - Nina