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Yves-Michel Dahoui : « Les raisons qui m'ont incité à renoncer à toute ambition en 2020 »

tribune

Mercredi 4 avril 2018 / Invité

L'adjoint à l'éducation du maire de Besançon qui faisait partie des candidats socialistes à la succession de Jean-Louis Fousseret, explique dans une lettre un brin désabusée sa double décision de ne pas briguer la mairie et de quitter le PS. Le contexte politique national et local, le manque de débat dans le groupe socialiste et de vision de « l'astre mort » du PS sont au nombre de ses raisons...

Yves-Michel Dahoui, juste avant le conseil municipal du18 janvier.

Trois fois adjoint lors des trois derniers mandats dont l'actuel (d'abord au personnel, puis à la culture, et enfin à l'éducation), ex premier fédéral du PS du Doubs après avoir été secrétaire de la section de Besançon, Yves-Michel Dahoui, juriste de 64 ans, a également été conseiller général de l'ancien canton de Besançon-Sud, mandat qui l'a notamment amené à présider le syndicat mixte du marais de Saône.

C'est l'un des rares élus à se revendiquer comme un intellectuel, et de fait, pour lui, les idées comptent. Il aime d'ailleurs argumenter et ses raisonnements sont solides. Lors de la primaire socialiste, il avait soutenu Vincent Peillon. On le sait en délicatesse avec Jean-Sébastien Leuba, ex secrétaire de la section socialiste de Besançon et adjoint à la vie associative. Une controverse les avait notamment opposés lors du précédent mandat à propos du Pavé dans la marre, lieu dédié à l'art contemporain aujourd'hui fermé, alors dirigé par l'épouse de Dahoui.

Voici le texte qu'Yves-Michel Dahoui a adressé aux rédactions :

J’ai décidé de quitter le Parti socialiste ainsi que le « groupe socialiste et société civile républicaine « du conseil municipal de Besançon.
J'ai également décidé, contrairement à ce que j’avais envisagé il y a plus d’un an, de ne pas être candidat à la succession de Jean-Louis Fousseret à l'issue du mandat actuel.

Plusieurs facteurs m'ont amené à prendre cette décision :
- J'ai tenté sans relâche depuis deux ans de mobiliser les membres du Groupe socialiste et société civile républicaine du conseil municipal en vain....
- J'ai proposé d'élaborer une stratégie à partir d'une ambition collective, en écartant dans l'immédiat toute ambition individuelle, afin de réfléchir, avant tout, à l'avenir de cette Ville et de son Agglomération.
- J'ai également souhaité que nous allions ensuite, à partir de notre propre vision, à la rencontre des habitants pour nous nourrir de leur vécu, de leur réflexion, de leurs propositions, afin d'élaborer le futur projet municipal et d'agglomération. Je me suis heurté à un total désintérêt, à une inertie, et à la proclamation d'ambitions individuelles dérisoires..... Je crois en effet, et j'ai toujours cru, qu'une ambition individuelle n'était légitime que si elle était portée par une vision, un projet et une ambition collective.
J'y ajouterai une section locale du Parti socialiste, théâtre de manœuvres et dysfonctionnements permanents d'un autre âge, sans intérêt pour la population et l'avenir du Grand Besançon.

Concernant le projet d'agglomération, j'ai été à l'origine de l'une des deux seules contributions versées aux débats. Ce travail intellectuel (cliquer ici pour lire ce pdf de 7 pages) que j'ai proposé avec humilité, n'a jamais reçu le moindre écho, ni au sein de la CAGB, ni même au sein de mon propre groupe.... Et pourtant je pense qu'une ambition ne peut-être portée collectivement, avec force, qu'à l'issue d'une libre confrontation intellectuelle. Bref, à une époque où la communication et le zapping l'emportent sur le fond, je crois, en ce qui me concerne, à la force des idées, à la controverse... et je suis convaincu qu'une « vision » doit être le préalable à tout travail programmatique.

Le dernier facteur concerne un contexte national qui ne me permet plus de trouver ma place sur l'échiquier politique. Sauf à me prêter à des compromissions politiques auxquelles, sans prétendre donner de leçons à quiconque, je me suis toujours refusé ! Je n'adhère aucunement à la conception qu'Emmanuel Macron a de la politique : aucune perspective permettant d'adhérer à un idéal commun, une France gérée comme une start-up, une idée qui chasse l'autre, un débat politique aseptisé, aucun débat intellectuel d'envergure dans le Pays de Voltaire, Rousseau, de Victor Hugo, de Proudhon.... et une politique dont la majorité des observateurs, même les plus complaisants, s'accorde à dire qu'elle est la plus libérale de la cinquième république... Pour autant je ne fais pas de confusion entre celles et ceux de mes ami(e)s qui ont rejoint LREM par conviction, même si nos analyses divergent aujourd'hui, et les opportunistes.

Quant au Parti socialiste, tel un astre mort, il vient de porter à sa tête au niveau national quelqu'un qui a suivi le cursus classique de tous les apparatchiks du PS, après avoir commencé son parcours il y a 25 ans comme... assistant parlementaire : c'est à dire tout ce que j'ai combattu en vain, « un carriérisme d'appareil », qui m'avait fait quitter mes fonctions de 1er secrétaire de la Fédération du DOUBS du PS en... 1995...

Le peuple, dont je ne pense pas pour autant qu'il faille le dissoudre..., a également ses contradictions... Avide, bien légitimement, de renouvellement et d'éthique, il a porté à l'Assemblée dans le nord Franche-Comté un ancien communiste, cégétiste, socialiste, qui n'est pas nouveau dans le paysage politique... et qui soutient aujourd'hui sans rire et avec l'ardeur des nouveaux convertis, une politique approuvée par le patronat français et inspirée par des intellectuels libéraux ou ultra- libéraux... Une politique qui permet à Bruno Lemaire d'inviter ses amis du parti Les Républicains à le rejoindre « pour faire ce que Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à mettre en œuvre » !

J'ai moi-même soutenu, sur ma circonscription un candidat qui depuis de longues années, y compris lors des dernières élections, devait ses mandats à un accord électoral avec le Parti socialiste... avant de rejoindre, opportunément, LREM.

Enfin, les Français ont permis l'élection à la présidence de l'Assemblée nationale de quelqu'un qui a renié sa signature et ses engagements... En termes de soif d'absolu, de renouvellement et d'éthique, admettons qu'on pouvait faire mieux. Mais il est vrai qu'il s'agit du « nouveau monde » auquel je n'ai probablement rien compris.

Telles sont les raisons qui m'ont incité à renoncer à toute ambition en 2020. Jusqu'à cette date, et tant que j'aurai la confiance du Maire, je continuerai avec la même envie, la même ardeur et avec mes convictions de gauche, à mener jusqu'au bout, au sein de la majorité municipale, la mission qui m'a été confiée en 2014.