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Fabrication du consentement : les 5 filtres selon Chomsky

Mercredi 12 décembre 2012 / Cyril Masselot

Un premier billet pour un nouveau blog, de surcroît hébergé par un nouveau journal en ligne, ce n'est pas une mince affaire... Il me semblait adéquat, ce billet ayant également valeur de démonstration, de publier une présentation d'une théorie de Noam Chomsky, relative au fonctionnement de la presse, à sa prétendue liberté, à sa prétendue objectivité... Théorie que l'on peut donc aussi critiquer ici, si le coeur vous en dit !

Noam Chomsky – La Fabrication du Consentement

Noam Chomsky, né Avram Noam Chomsky le 7 décembre 1928 à Philadelphie en Pennsylvanie, est un linguiste et philosophe américain. Professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné toute sa carrière, il a fondé la linguistique générative. Il s'est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l'étranger, par son parcours d'intellectuel engagé de sensibilité anarchiste.

En 1988, avec Edward S. Herman il publie "Manufacturing Consent – The Political Economy of the Mass Media", que l'on peut trouver en français chez Agone.
Les auteurs partent d'un constat simple : en démocratie les élites ne peuvent pas se contenter d'user de la force pour asseoir leur domination. Mais par principe, les intérêts de la majorité de la population diffèrent de ceux de l'élite. Les auteurs démontrent alors comment dans le contexte américain les médias tendent à maintenir le débat public et la présentation des enjeux dans un cadre idéologique construit sur des présupposés et intérêts jamais questionnés, afin de garantir aux gouvernants l'assentiment ou l'adhésion des gouvernés. Ils reprennent ainsi une formule forgée en 1922 par Walter Lippmann, l'un des fondateurs des relations publiques, la « fabrication du consentement » (« manufacturing consent »), et structurent leur pensée en déconstruisant un mécanisme qu’ils nomment « modèle de propagande », comportant 5 filtres.

Un modèle de propagande : 5 filtres

Taille, actionnariat, orientation lucrative

La régulation par la publicité

Les sources d'information

Les contre-feux et autres moyens de pression

L’anticommunisme

  • Taille, actionnariat, orientation lucrative : Premier filtre : “la limitation de l’accès à la propriété d’un média avec une certaine diffusion si l’on ne dispose pas de moyens considérables, du fait de coûts rédhibitoires” (p.30 op. cit.) Stratifications de médias, “en termes de prestige, de moyens et d’audience” (ibid.). Strate supérieure sélectionne et hiérarchise l’information, la produit “en direction des strates inférieures et du public”. (ibid.) Derrière des grands groupes, de “grandes” familles, des interconnexions complexes entre familles, entreprises, partis politiques, marchés financiers et gouvernements. La lucrativité oriente des contenus produits… “Pour résumer, les groupes multimédias dominants sont donc de très grosses entreprises, contrôlées par des gens très riches ou des administrateurs sous étroite surveillance de propriétaires et autres forces orientées vers le profit. Ils sont en outre très interdépendants et ont des intérêts communs importants avec d’autres multinationales, des banques et le gouvernement. C’est le premier puissant filtre qui oriente les choix dans le domaine de l’information.” (pp.45-46, op. cit.)
  • La régulation par la publicité : Coûts de production d’un média “devaient être couverts par le prix de vente” (p.47 op. cit.) Publicitaires choisissent des médias, qui peuvent donc baisser leurs tarifs, la publicité couvrant une partie des coûts de production (l’intégralité dans le cas des journaux dits gratuits). Difficultés pour les médias non-élus… voire disparition ! “Un système médiatique dominé par la publicité tend naturellement à l’élimination ou à la marginalisation des organes financés par leurs seules ventes.” (ibid.). La cible des médias n’est plus pensée en fonction de la ligne éditoriale, par exemple, mais en fonction de son pouvoir d’achat, que le média va vendre aux publicitaires. Les messages dispensés sont alors ceux des publicitaires, et non ceux voulus par les journalistes.
  • Sources d’information: Dépendance informationnelle des médias (pb de coût évident) de sources comme les gouvernements, les collectivités, les institutions, les entreprises et sociétés commerciales (p.54 op. cit.). Ces sources sont “données comme a priori au-dessus de tout soupçon” = objectivité apparente. Une organisation inimaginable, cf. US Air Force, en 1979 : “140 journeaux, tirant à 690 000 exemplaires par semaine, (…) 34 radios et 17 chaînes de télévision” (p.56 op. cit.) Investissements promotionnels des entreprises (…) estimés à + de 1,6 milliard de dollars en 1984 (seulement aux USA). Cf. Les métiers de relation presse : les instances publiques comme privés facilitent la vie des journalistes, avec un langage accessible, en adaptant les horaires… (cf. "14/04/86 bombardement de la Libye par l’aviation américaine spécialement programmée pour pouvoir être retransmise en direct au journal du soir” (p.59 op. cit.)) Cf. Les experts qui prolifèrent, dans les instances publiques, privées, et dans les médias.
  • Contre-feux et autres moyens de pression: Protestations sous divers formes, par divers types d’organisations, voire d’individus. Visent un ou des médias, sur un contenu précis ou une ligne éditoriale. Selon l’ampleur, peut être dangereux pour le média (financièrement, et en image). De nombreux collectifs (fondations, instituts…) se créent dans cet objectif. L’efficacité suppose une organisation coûteuse. Lobbying direct : annonceurs stoppent leurs achats, intervention de politiques, d’institutions publiques… ou indirect : pression sur des actionnaires, des décideurs. Cf. En France le rôle des médiateurs, par exemple chez FranceTélévisions.
  • L’anticommunisme: … qui peut être étendu à tout élément idéologique dominant (courant de pensée, religion, croyances…), n’oublions pas que les auteurs écrivent dans un contexte spécifique. L’idée est de brandir régulièrement un symbole fort du “mal absolu” (p.73, op. cit.), construire un bouc-émissaire, désigner un ennemi qui fasse oublier les problèmes de l’intérieur. Sans nier les atrocités commises par des pouvoirs dits communistes, en réalité totalitaires, Chomsky stigmatise le fait que les médias ne traitent pas d’autres atrocités commises par ceux qui se disent du ‘bon côté’ (cf. Timor oriental). Le terrorisme, qu’on ne peut nier, connaît son apogée médiatique le 11/09/01 (119 millions de résultats dans Google sur “11 septembre”) et naît un nouvel “axe du mal”.

... Ce texte sera peaufiné ultérieurement... !