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Le chagrin et l'irrespect

Jeudi 29 décembre 2011 / Daniel Bordür

" Pas de salaire de novembre, pas de mutuelle donc pas de garantie obsèques... » Ces déconvenues matérielles sont venues s'ajouter au désarroi de Véronique Mesnier qui a perdu son mari, François, décédé à 53 ans dans la nuit du 9 au 10 décembre.

Chauffeur routier chez Translaure, filiale luxembourgeoise des Transports Jeantet de Besançon, il a succombé à une crise cardiaque quinze jours après le licenciement des dix-neuf salariés, les quatorze chauffeurs étant prévenus par téléphone, sur leur lieu de livraison, de la faillite de leur employeur avec effet immédiat.

L'avant-veille, il s'était rendu au Luxembourg pour la deuxième fois avec des collègues pour régler des problèmes de procédure. Quelques heures auparavant, il avait consulté son médecin pour un stress qui l'avait transformé au point d'inquiéter son entourage : jamais ses proches ne l'avaient vu aussi préoccupé, aussi soucieux, autant révolté.

Auxiliaire de vie à l'ASSAD, Véronique avait appris à son tour le licenciement de son mari par téléphone alors qu'elle était en train de prodiguer un soin.

Ce premier choc avait été rude. Le second, la mort de François, aura été terrible pour elle, leurs trois enfants, leurs cinq petits-enfants. « Heureusement que j'ai un travail », dit-elle en pensant aux collègues de son mari dont les épouses ne travaillent pas. Ils sont sans indemnités de chômage pour une durée encore indéterminée. « Sur les papiers, c'est deux à trois mois », dit Eric Delair, autre chauffeur licencié, qui habite en Haute-Saône. « Mais quand démarre le délai ? Le 25 novembre, date de la faillite ? Le 20 décembre date de la première audience du tribunal de commerce ou le 6 janvier, date de la prochaine ? Quand je me suis inscrit à Pôle Emploi le 29 novembre, j'ai eu 7 jours de carence, puis 16 jours de congés payés alors qu'on ne les a pas touchés...»

Véronique Mesnier montre les fiches de paie de son mari. Sur la dernière, la cotisation de 125 euros à la mutuelle de Franche-Comté Adréa a disparu. Conséquence : « Pas de garantie obsèques de 3 000 euros... Heureusement, la caisse maladie du Luxembourg a un peu participé... Sans une secrétaire qui a fait une copie de la police d'assurance que Jeantet avait souscrite pour les chauffeurs, on n'aurait pas su qu'on avait droit à 18 000 euros... »

Eric Delair est quant à lui « en colère » pour cette affaire de mutuelle : « C'est en leur téléphonant que j'ai appris qu'on avait été radié le 25 novembre, ils n'avaient ni appelé ni envoyé de courrier... »

Véronique Mesnier a aussi en travers de la gorge la réponse faite à sa fille qui réclamait au curateur (l'équivalent du mandataire liquidateur) un document réclamé par Pole-Emploi : «On ne va pas vous l'envoyer, votre père est mort...»