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François Lacaille, l'homme qui marche

Mardi 6 janvier 2009 / Daniel Bordür

François Lacaille est un homme debout. Un homme qui marche. Mais pas seul, comme dit la chanson. Peu après sa retraite, il y a trois ans, il participe à une action d'insertion de détenus par la marche. Il accompagne quinze jours une randonnée de six semaines qui emmène la petite troupe sur la route de Compostelle. Pour ce responsable de la section randonnée du Club alpin bisontin, le choc est rude. « J'ai beaucoup appris, sur les gens, sur moi. Au retour, je me suis engagé dans l'accueil des familles de détenus. Avant et après le parloir, on accueille les gens, avec bienveillance, dans la tranquillité, pour qu'ils soufflent, on s'occupe des enfants si besoin, on ne donne pas de leçon. Il y a à Besançon 400 détenus pour 280 places... »

Ce chemin n'est pas un pèlerinage. François Lacaille n'est pas chrétien. « Je ne suis pas dans une position charitable, je suis bien avec ces gens-là. Ils vivent une situation tragique, d'exclusion, avec un regard social sur eux très négatif... Je suis interpellé par la marge... » Cela le résume assez bien. Instituteur, sorti de l'École normale en 1968, il a fini sa carrière comme directeur de l'école Jean-Macé de Clairs-Soleils : « J'ai aimé y travailler... C'est un défi de travailler dans une situation difficile ».

Un défi de militant. Enseignant, il est dans le mouvement Freinet : « On voulait changer le rapport au savoir, la façon dont les enfants apprenaient... » Il s'engage au Sgen-CFDT, « porteur de ces aspirations pédagogiques, mettre l'école au service de tous ». Une utopie mobilisatrice, disait-on à l'époque. Comme l'autogestion qu'il a défendue en adhérant au PSU, « un drôle de parti qui ne cherchait pas le pouvoir mais fut le creuset d'une génération qui y a appris à réfléchir ».

Proche de l'extrême-gauche avant 20 ans, il défend « l'utopie » selon laquelle « les décisions ne viennent pas que d'en haut ». Les temps ont changé, François Lacaille le sait. Après une décennie (1984-1994) au secrétariat départemental du Sgen, il n'a « pas de commentaire à faire sur le syndicalisme : son affaiblissement m'attriste mais je n'ai pas de leçon à donner... Son intérêt, c'est que c'est une fraternité, une solidarité, pas comme en politique ». Il en sait quelque chose, lui qui fut un temps adhérent du PS. « Un parti, c'est une machine à gagner les élections, des postes d'élus. C'est pour ça que la réflexion politique, la réflexion théorique se mènent hors des partis ».

C'est pour ça qu'avec des amis, en 2001, il a monté EPI, l'Espace politique d'innovation. Un club dont on dit qu'il fut proche de Paulette Guinchard, mais François Lacaille préfère évoquer les idées : « Il manquait un lieu où penser librement, alimenter la réflexion des gens engagés, des citoyens éclairés ». Résultat, une fois par mois, deux personnes débattent avant l'apéro devant 30 à 40 auditeurs d'un vivier d'une centaine. Le prochain tentera de décortiquer, le 14 janvier, les projets gouvernementaux pour le système de santé...

Quant à la sienne, de santé, François Lacaille l'entretien en... marchant. « La marche, c'est de l'hygiène mentale, ça fait partie de ma façon de vivre. C'est un loisir qui échappe au commerce, à la marchandisation, un bien-être dans la lenteur, la découverte de son corps. Les chemins ne sont jamais droits... J'aime marcher dans les Vosges, les montagnes de mon enfance, dans les Cévennes... Les dimanches ne sont pas faits pour pousser des chariots, on se perd dans les supermarchés, on se retrouve dans la marche ».