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Quand la Franche Comté faillit disparaître, avec Joseph Pinard

Samedi 24 janvier 2015 / Yves Lagier

Nous étions nombreux à la mairie de l’Hôpital du Grosbois pour entendre Joseph Pinard nous parler de son ouvrage consacré à un projet de démantèlement de la Franche Comté durant la dernière guerre.

Chacun connaît Joseph Pinard, homme politique, ancien député du Doubs, historien reconnu qui a débuté son propos par l’évocation des réalités communales d’autrefois vécues par ses ancêtres, élus municipaux à Fontain.

Joseph Pinard avait été alerté par Madame Carrez, aujourd’hui disparue, infatigable ambassadrice du rapprochement franco-allemand, sur un épisode peu connu de la deuxième guerre. Il s’agissait ni plus ni moins de la part du régime nazi que de déplacer en Franche-Comté les habitants du Sud Tyrol, province devenue italienne en 1919 tout en étant de culture et de langue germanique. Joseph Pinard a écrit sur le sujet un ouvrage: « quand la Franche-Comté faillit disparaître » (éditions Cêtre).

Ce projet était la conséquence de l’opposition des populations sud tyroliennes à l’italianisation forcée imposée par le régime de Mussolini, d’où la nécessité, avec l’accord de Hitler, de leur trouver un nouveau territoire. On envisagea le sud de la Pologne, l’Alsace et… la Franche-Comté. Ainsi prit naissance le projet Burgund qui devait permettre à celles et ceux qui optaient pour l’Allemagne de retrouver un « Heimat », une patrie. En Juillet 1940 une délégation sud tyrolienne vint en repérage et trouva une similitude de paysages et de ressources agricoles entre sa province et notre région. Besançon était désignée pour devenir la capitale de ce nouvel état germanique sous le nom de Bozen (Bolzano aujourd’hui), Pontarlier s’appellerait Mals (ville de 5000 habitants aujourd’hui). Cet accord conclu entre le Duce et le Führer ne fut pas suivi d’effet, la guerre totale dans laquelle le Reich s’engageait l’amenant à se concentrer sur le front de l’Est.

Joseph Pinard a poursuivi sa réflexion concernant le devoir de lucidité devant les faits et l’usage abusif du déni de réalité. L’histoire est jalonnée de multiples tentatives de rattachement à l’influence allemande, de la fin du Saint Empire Romain Germanique à l’annexion de l’Alsace Lorraine. Plus près de nous, la volonté de Hitler de réduire la France à néant était déjà mentionnée dans Mein Kampf, comme le soulignait en 1934 le journal »Lu ». Joseph Pinard rendit hommage à ce propos à l’abbé Chaillet, né à Scey Maisières, considéré comme le maître de la résistance spirituelle face au nazisme.

Pour Joseph Pinard l’Europe n’a pas su surmonter l’égoïsme des monstres froids que sont les états ! Et de citer en conclusion et en forme d’appel à la raison l’écrivain Romain Gary: «  le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres ».